Cette grotte au Belize est une fenêtre sur la civilisation maya

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La grotte d’Actun Tunichil Muknal, d’une profondeur de 1,6 km, a accueilli des cérémonies aux flambeaux et des sacrifices il y a 1000 ans.

Avoir su ce qui m’attendait, je n’aurais jamais pénétré dans la grotte. Dans l’eau tiède jusqu’au cou, je fixe une anfractuosité au‑dessus de la surface, à peine plus grande que ma tête, que je devrai incliner sous un angle anormal pour passer. Impossible de rebrousser chemin : les autres membres de la visite, dont ma femme et mes deux fils adolescents, font la queue dans la galerie exiguë derrière. Je refoule la panique qui s’installe et égratigne mon casque en me glissant dans le trou de serrure.

Heureusement, le goulot s’élargit de l’autre côté et remonte au‑dessus du ruisseau. Je suis quand même ébahi que cette aventure soit permise et même organisée. Notre visite de la caverne Actun Tunichil Muknal, une merveille archéologique à une heure de route de San Ignacio, dans la jungle du Belize, a débuté par une randonnée de 45 minutes à bon pas, lors de laquelle il a fallu guéer une rivière déchaînée en s’agrippant à une corde. Je ne suis pas sûr si notre énigmatique guide maya, Emil, plaisantait réellement à propos des crocodiles.

11 mai 2021
Photo de l'intérieur d'une cave

Plus loin dans la grotte, nous débouchons sur une profonde fosse d’eau limpide. Passés sur l’autre rive à la nage, nous remontons sur le gravier et les cailloux mouillés pour entrer dans une gorge qui va en se rétrécissant. Emil nous montre la faune de l’obscurité (chauve‑souris, poissons‑chats blancs, uropyges), puis les biens des anciens locataires mayas de la grotte apparaissent : poteries cassées, foyers, et finalement ossements animaux et humains. Nous gravissons une chute tarie menant à une immense caverne pleine de stalactites et de stalagmites, dont certaines, sculptées, projettent les ombres de visages sous l’effet de nos frontales. Çà et là se trouvent des crânes figés sur place par des siècles de minéralisation. Dans une galerie transversale repose le squelette presque complet d’un jeune homme, jadis erronément baptisé « demoiselle de cristal » par les archéologues à cause de la couche étincelante qui s’est formée autour des os.

Photo de stalactites a l'intérieur d'une cave
Photo d'un vase antique cassé à l'intérieur d'une cave

Les archéologues croient que ces restes sont ceux de victimes de sacrifices humains faits pour demander de la pluie vers la fin de la civilisation maya classique (de l’an 700 à 950), une période de sécheresse. Imaginer les anciens Mayas parcourir cette caverne, jusqu’à 1 km de l’entrée, éclairés par des torches ou dans le noir total, pour accomplir un rituel aussi mortel, c’est entrevoir un tout autre système de croyances. Le mystère persiste bien après notre sortie au soleil sous la chaude brise des Antilles.