La dernière collection de Karl Lagerfeld aux chutes Niagara

Landon Nordeman improvise une séance photo à Niagara Falls, sur fond de touristes se régalant de ses merveilles kitsch. En collaboration avec le poète canadien Kaie Kellough, le photographe a créé un reportage mode où s’entremêlent documentaire et conte de fées.

splendeur kitsch

i.

transi dans son midi      le soleil
s’abat sur la mousse tranquille des chutes niagara   la frontière
sous-marine, invisible, ignorée des saumons, des truites, des dorés
des prismes zèbrent le ciel, des arcs ultraviolets s’étirent d’un
        empire à l’autre
      les néons du marriot clignotent
        un nuage de touristes errants      le ciel, miroir azur
détourne le regard         arrête-toi
cligne des yeux      un filtre instagram tel une bruine
qui voile, dévoile cette splendeur

01 septembre 2019
Une femme blonde de profil se tient devant une tour dans la région de Niagara Falls vêtue d'un manteau Chanel pied-de-poule.
Une femme blonde se tient dans une cabine téléphonique de Bell dans la ville de Niagara Falls.

ii.

la pluie noie l’objectif   l’image est floue
l’image c’est ce qui   est dedans         c’est ce qui est
à l’extérieur du cadre, exclus      c’est l’image
des mots, lesquels, c’est ce qui      ne dit rien ?      elle est sans mots         n’est-ce pas
une chanson qui frôle le quotidien     la pluie noie la mise au point
      à l’extérieur du cadre se trouve
         quoi ?
ce que les touristes oublient dans leur confort, c’est ce qu’ils portent à loisir, c’est
un saumon         un imper en plastique rose         vacanciers à l’abri
des confettis qui jaillissent du champagne         de l’écume du serveur né ici
des femmes de chambre, des préposés
à l’accueil         dont le labeur marie cette ville de motels
à l’imaginaire national

A woman stands in a red rain slicker in front of a crowd of people wearing yellow slickers, with Niagara Falls in the background.
Une femme en sous pluie rouge se dresse devant les chutes du Niagara avec des gens en suède jaune derrière elle.
Une femme portant un vêtement de pluie rouge se dresse tenant le capuchon transparent de son vêtement avec les chutes du Niagara en arrière-plan

iii.

le poème, traître comme l’eau, imbibe la page
sa pensée invisible s’infiltre      dans l’infrastructure de l’image
porteur d’une question: si tout est à vendre, est expliqué
est la surface réflectrice qu’on fixe, dans l’espoir, peut-être, de voir
une estimation idéale de nous-mêmes cachée dans
les rideaux délicats qui cascadent jusqu’au tapis noisette du motel,
         à côté d’une interdiction
de fumer sur la porte      bleue, la familiale
   aux panneaux de bois stationnée en épi nostalgique      sommes-nous aussi
         en train de rouiller au soleil
oxydés par le passage du —

Une femme en costume rose vif se tient devant une piste de bowling, tenant dans la main trois jeunes personnes vêtues de la même nuance de rose, mais le dos tourné à la caméra.

iv.

dans la lentille ondulée d’une piscine   le glamour sombre, se tord
dans l’eau et la lumière      et les bulles
déambulent sous la surface et enfin jusqu’à elle   pour éclater, respirer
      une cabine de téléphone béante      son combiné pendu
vide de sens comme une bouche noyée et molle
   qui aspire l’eau      à deux pas d’une rivière d’asphalte
            des moteurs qui vibrent dans le vide

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v.

un doigt pointé vers la tour skylon
la tour tisse les nuages de son intention, de son ambition, la tour
tisse le regard      le point brillant      perce le rouge et le blanc des pacotilles de lunettes soleil des touristes
      fabriquées par quelqu’un, achetées par quelqu’un, vendues par quelque
patriote aveuglé?      qui célèbre l’emprise de la nation      sur la nature
   dont
l’économie surveille ces rochers      sous une douche d’aérosol — l’attraction tranchante
en dessous      au-delà de la frontière      le prix d’entrée de l’eau payé
   par sa peau transparente

vi.

à la frontière entre être
ici et être     l’eau. plaisir    et dollar. entre être
   mouillé et être emballé. plastique      et libre, entre
être      paysage et être une seule larme —
un ongle rouge pointe vers la blondeur
   du midi qui se répand en prismes de cristal      champagne effervescent
une piqûre
   de moustique, une bruine

Une femme blonde se tient au centre de deux photographes masculins plus âgés qui concentrent leurs appareils photo sur d’autres sujets, au milieu d’une scène de jungle couverte avec beaucoup de plantes.

vii.

si tu pouvais tirer sur la lumière du ciel, t’enduire la peau de son reflet
   prendre une bouchée mûre avant sa dissolution   avant son départ
      un nuage qui te coule entre les doigts, qui      sèche comme
une feuille orange brûlé, pliée dans ta paume   aplatis-la entre les pages
d’un album d’images
rempli de la splendeur kitsch de niagara   la feuille   prise entre une photo
des chutes à vol d’oiseau      et d’un faux elvis      tu secoues la feuille
            à l’intersection du poème
et de la marchandise      la vision d’un glamour noyé qui se laisse deviner derrière
une fenêtre et      toi,

Une femme qui tourne le dos à la caméra soulève ses longs cheveux blonds. Elle porte une robe blanche et se trouve dans un jardin public.

viii.

le regard perdu dans le reflet,      tu contemples la ligne entre nationalisme
et commerce         chanson pervertie où le glamour s’érode
      contre nulle part la frontière s’agite entre
   onguiaahra et   les touristes enveloppés de plastique rose
l’héritage porte en lui la conquête   l’histoire dissoute

Une femme blonde se tient au premier plan dans une robe blanche, une main entre dans le cadre par la droite, tandis qu'au fond un enfant en bas âge pousse une poussette devant une fontaine.

ix.

volume
   le passé gronde dans le combiné pendu d’une cabine de bell près d’une rivière   d’asphalte dans une langue qui anticipe la nôtre
         personne
n’entre dans la cabine   ne porte le combiné comme un coquillage à son oreille
   n’écoute, hypnotisé par la grammaire ancestrale   n’ajoute sa voix à la rumeur

                              ne raccroche

Une femme blonde est assise dans une chambre de motel sombre et regarde une peinture sur un mur.

Mise en beauté – Julie Cusson, maquilleuse de CHANEL; Stylisme – Corey Ng; Mannequin – Malie (Another Species); Vêtements – Collection de prêt-à-porter automne-hiver 2019/20 de CHANEL

Merci à CHANEL et BMW.

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