Comment découvrir la magie du Mexique (Indice : pensez papillons)

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De novembre à mars, les forêts d’oyamels, près de Valle de Bravo, au centre du Mexique, servent de sanctuaire saisonnier à des millions de monarques.

Chaque automne s’amorce un incroyable périple. Le vif vent du nord indique à des dizaines de millions de monarques qu’il est temps de quitter leurs aires d’alimentation du sud de l’Ontario et du Québec et du nord‑est des États‑Unis. Suivant le soleil, les délicats insectes descendent l’Amérique du Nord. Et ils convergent jusqu’à franchir la Texas Hill Country et la sierra Madre orientale du Mexique pour hiverner dans les luxuriantes forêts d’oyamels de ce pays. Mus par des ailes aux écailles aussi minces que du papier‑filtre et plus douces que la soie, ils parcourent près de 5000 km, l’une des plus longues migrations d’insectes qui soit. Avec une carte sensorielle pour seule guide, ils débarquent à un endroit où ils ne sont jamais allés et où ils ne reviendront jamais.

Cet endroit, c’est la réserve de biosphère du papillon monarque, au centre du Mexique, qui fait 563 km² dans les États de Michoacán et de Mexico. Ici, les oyamels créent un microclimat qui protège les monarques (monarcas, en espagnol), la canopée agissant telle une couverture qui empêche les trop importantes fluctuations de température. Une bonne partie de la réserve, aire protégée depuis 1986 et inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco en 2008, est fermée au public par souci de conservation. Mais six sanctuaires, trois par État, donnent aux amateurs de monarques une vitrine où admirer ce merveilleux périple.

Le jour est levé depuis une heure et je m’éloigne en camionnette de Valle de Bravo, ville de tourisme sur les rives du lac Avándaro, à deux heures à l’ouest de Mexico. Les touristes, tant du pays que de l’étranger, affluent ici pour le parapente, les randonnées pour voir les chutes, l’architecture coloniale et l’importante partie de la population orientale de monarques nord‑américains qui hivernent dans le sanctuaire Piedra Herrada, à 45 minutes à l’est. Nous cheminons dans la verdoyante forêt, au‑delà de maisons nichées dans les vertes montagnes qui dominent le lac. Des plantes grimpantes à fleurs mauves et orange tombent en cascade des portails en fer ouvré. Dans la poussière de la route et le soleil matinal, tout semble briller, et les feuilles de certains arbres ont l’air d’ailes de papillon sous le bon éclairage.

27 novembre 2020
Une illustration d'un perchoir de papillons monarques à la réserve de biosphère du papillon monarque dans le centre du Mexique

Au Piedra Herrada, j’enfourche un alezan nommé Slipia. Certains voyageurs préfèrent randonner, mais à plus de 3000 m d’altitude, je remercie ma monture de ménager mon souffle pour une partie du chemin. Eusebio Domínguez, guide sur la réserve depuis plus de 20 ans, attrape la bride de Slipia de ses mains parcheminées et mène notre groupe dans la forêt, sur un sentier empierré bordé de pins et de sapins dont la cime se perd dans le ciel. Le calme règne au sanctuaire ce matin. Il est fermé depuis deux semaines à cause des pluies du début novembre ; les monarques ne peuvent voler les ailes mouillées, ce qui a retardé leur arrivée. Nous continuons de grimper, et les bosquets s’éclaircissent. Au bout d’une demi‑heure, M. Domínguez arrête Slipia et je descends de cheval. Nous sommes presque à l’entrée de la zone de silence du sanctuaire, où le bavardage cesse pour éviter de déranger les monarques. Nous finissons à pied, une montée de 30 minutes sur un chemin rocailleux escarpé. Puis le terrain s’aplanit, un tapis d’aiguilles rend le sol moelleux, et l’air frais me caresse le visage. Je scrute les branches aux alentours, incapable de dire si je vois des faisceaux de feuilles ou des insectes entassés pour se tenir au chaud. Puis, soudain, un petit éclat orangé, une paire de délicates ailes s’ouvrant un bref instant et se repliant. Là où le monarque vient de se déployer, des grappes de centaines de papillons font ployer les branches au faîte des arbres. Dans les rayons du soleil qui éclairent la canopée, quelques spécimens ont suffisamment chaud pour quitter leur aire de repos. Je lève les yeux et j’aperçois des taches orangées qui virevoltent dans le ciel.

Des légendes entourent ces papillons, à l’instar de tant d’autres insondables mystères de la nature. Pour certains Mexicains, ils représentent l’âme des morts, venus réconforter les vivants : leur arrivée coïncide avec le jour des Morts, au début novembre. Comme d’autres merveilles de la nature, les monarques sont en danger, parce que les changements climatiques perturbent la saison de leur migration et que les asclépiades, source majeure de nourriture, disparaissent de leurs couloirs migratoires. Même si ces forêts sont protégées par le gouvernement mexicain, ça n’empêche pas l’abattage illégal, et les nuées de papillons qui hivernent ont vu leur nombre décliner en 20 ans, passant de 1 milliard à seulement 93 millions. Pourtant, M. Domínguez assure qu’il voit de plus en plus de monarques revenir grâce aux efforts de conservation, par exemple l’ensemencement d’asclépiades partout en Amérique du Nord.

Alors que nous nous éloignons pour rejoindre Slipia, j’entraperçois un battement d’ailes, deux monarques qui jouent gaiement à cache‑cache entre les sapins, et je suis frappée par la science de leurs mouvements, la façon chaotique dont ils saisissent délicatement le souffle du vent. Nous vivons dans un monde où des millions de papillons valsent en traversant le continent, et je réalise à l’instant qu’il ne sert à rien de partir en quête de magie. Elle est déjà parmi nous.

Vérifiez les exigences d’entrée imposées par le gouvernement avant de voyager.

Valle de Bravo

Une illustration de tours d'horloge à Valle de Bravo, Mexique

Depuis longtemps, cette ville riveraine de 65 000 habitants est celle où l’élite de Mexico vient s’amuser sur le lac Avándaro, sur des yachts ou des voiliers, en ski nautique ou dans des restos flottants. En ville, bars branchés et hôtels modernes contrastent avec architecture coloniale conservée et rues pavées sinueuses. Passez une journée à y déambuler, et vous verrez des galeries d’art, des bars à espresso et le marché des artisans, immense immeuble où l’on vend les créations d’artisans de tout le pays, entre paniers tissés d’aiguilles de pin, tapis multicolores et meubles en bois. L’église de Saint‑François‑d’Assise domine la ville, non loin des files de vendeurs ambulants qui offrent de délicieux esquites (maïs grillé, queso fresco, assaisonnement au chili, lime) sur la plaza de la Independencia. Malgré l’embourgeoisement en marche, la place publique fourmille chaque soir d’enfants avec des ballons, d’amis buvant des micheladas (boissons à la bière épicées) et de mamies en train de papoter.

La piscine extérieure de La Casa Rodavento au crépuscule
Photo : La Casa Rodavento

Où loger

  • La Casa Rodavento —

    D’abord résidence familiale bâtie au début du XXe siècle, cette spectaculaire villa a été rénovée et convertie en hôtel de sept suites par un trio d’architectes en 2017. Ici, les occasions de se détendre sont légion : faites trempette dans le spa sur le toit, balancez‑vous dans les fauteuils suspendus, flânez dans la cour à la piscine ceinte de verdure, ou traînez dans votre très grand lit ou votre salle de bain en marbre. Toutes les suites ont ces commodités, mais chacune est unique : la 4 a une douche en plein air ; la 2 fait deux étages et donne sur une cour privative ; la 3 est construite autour du plus vieil arbre de la propriété. Impossible de vous y tromper.

Salsa de spécialité de La Michoacana garnie de laitue et de radis
Photo : Restaurante La Michoacana

Où manger

  • La Michoacana —

    Venez pour les quésadillas végés, les vers du maguey frits et les margaritas à la mangue, et restez pour la vue imprenable sur les toits en terre cuite et le miroitant lac Avándaro. À deux pas de la place centrale, ce resto traditionnel mexicain propose une terrasse aux guirlandes de lumières et, en salle, un pianiste qui égaie votre repas. Commandez le tendrissime steak coiffé de la salsa qui est la spécialité de la maison, avec bière artisanale à la carte de sélections locales.

Trois cocktails de La Mezca de Valle alignés d'affilée au bar
Photo : La Mezca de Valle

Où trinquer

  • La Mezca de Valle —

    Suivez les ampoules scintillantes dans l’escalier de pierre aux vignes retombant en cascade et vous arriverez au bar à mescal le plus cool en ville. Résidents et touristes y viennent pour la vingtaine de variétés offertes, sans parler de la bière, des cocktails, des en‑cas et de l’ambiance bohème (bougies et squelettes du jour des Morts compris). Sirotez un digestif à la terrasse couverte, ou profitez des spectacles de musique et des conversations en salle.

Parapente sur Valle de Bravo avec Alas del Hombre
Photo : Alas del Hombre

Quoi faire

  • Alas del Hombre —

    À l’instar du monarque, investissez le ciel : Valle de Bravo est l’une des destinations les plus populaires au monde pour le parapente, grâce à son climat tempéré qui permet de voler plus de 300 jours par année. Faites‑le en tandem avec un moniteur d’Alas del Hombre, ou, si vous avez envie d’aventure, inscrivez‑vous à un cours intensif.