Voir une paruline, gros lot de la migration printanière

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Chaque année en mai, la paruline noir et blanc s’arrête brièvement dans le sud de l’Ontario, et gratifie les ornithologues amateurs d’un torticolis.

La première fois que je vois une paruline noir et blanc, minuscule oiseau comme en costume de zèbre, je pousse un cri de joie, mais aussi, j’avoue, de soulagement. Je suis entourée d’ornithologues amateurs énervés qui vivent pour ce moment de la migration printanière quand les arbres du parc provincial Long Point, en Ontario, palpitent de magnifiques oiseaux chanteurs en route vers leurs aires de couvaison nordiques. Les noms fusent (paruline à gorge orangée ! à collier ! à tête cendrée !), mais je ne distingue avec précision que les feuilles.

27 avril 2021
Une paruline noir et blanc sur une branche d'arbre
Paruline noir et blanc.   Photo : Tom Murray

Nul ne m’a prévenue de l’énergie débordante des parulines qui volettent éperdument en gobant des mouches au vol. Après tout, leur but n’est pas de prendre la pose pour moi, mais de se ravitailler. Les oiseaux filent à tire‑d’aile et contrecarrent sciemment mes efforts de les voir avec mes jumelles, que je n’arrive ni à mettre au point ni à lever assez vite. Ignoraient‑ils que je tendrais le cou plus d’une heure vers les hauteurs, debout dans la boue de la mi‑mai ?

À fixer ainsi la cime des arbres, on attrape un torticolis douloureux qui fait la fierté des ornithologues amateurs, et qu’on traîne de la mi‑avril à la fin mai. Quand, le même jour, je vois un oriole de Baltimore (sorte de merle saucé dans du Crush Orange), je perds le souffle. Et au moment de m’abandonner à la douleur irradiante de mon cou, j’établis un contact visuel avec une paruline à capuchon, petit miracle ailé portant cagoule, qui s’empiffre d’insectes avec joie.

Un oriole de Baltimore perché sur une branche d'arbre
Oriole de Baltimore.   Photo : Oliver Timm
Un troupeau de Kildir en vol contre un ciel bleu
Oriole de Baltimore.   Photo : Oliver Timm
Pluvier kildir.    Photo : Shawn Taylor

À observer des oiseaux, j’ai vite compris que plus on regarde, plus on voit. Et les comportements sont renversants. Suivre une bécasse d’Amérique (un oiseau brunâtre, boudeur et dodu sans grand intérêt) dans sa parade nuptiale, ponctuée d’un acrobatique ballet aérien, me redonne foi en la magie. Après avoir été témoin de l’ingénieux spectacle d’un pluvier kildir feignant d’avoir l’aile brisée pour éloigner les prédateurs de son nid, j’utilise l’expression « cervelle d’oiseau » avec un profond respect.

Pour l’ornithologue amateur, la migration printanière est une expérience multisensorielle qui offre des instants de bonheur intense, de pénible frustration et d’inévitable jalousie (vos meilleurs amis vous font toujours remarquer qu’ils viennent d’apercevoir l’oiseau qui vous échappe). Pour les oiseaux, les migrations impliquent grands dangers, résilience et farouche détermination.

Malgré tout, la vivacité des oiseaux nous rappelle qu’ils sont bien vivants. Et quand on les observe, on l’est aussi.