Qu’est-ce qui pousse les grands voyageurs à aller toujours plus loin ?

S’envoyer en l’air (à 42 000 pieds).

Pour un grand voyageur, accumuler un million de milles débute par un simple vol. Peu après, les villes deviennent des codes d’aéroport, les aéroports, des résidences secondaires, et la maison, rien de plus qu’un arrêt entre deux vols vers plus de milles. Soudain, on est en mesure d’identifier un avion au bruit du moteur, et une compagnie aérienne à la peinture sous l’appareil. On peut tenir une conversation composée uniquement d’abréviations, et on visite des forums de voyageurs à des heures indues. Le seul invariant, c’est que voler à 12 000 m d’altitude nous grise toujours autant.

Qu’est-ce qui pousse certaines personnes à adopter ce style de vie ? C’est une question d’étapes. « Il y a deux grandes façons d’envisager la motivation à poursuivre un objectif », affirme Kristin Laurin, professeure agrégée de l’Université de Colombie-Britannique, qui étudie les fondements psychologiques des buts et des motivations. La première, c’est que « les gens ne vont travailler fort pour réaliser un objectif que s’ils croient que c’est faisable », précise-t-elle. C’est pourquoi il n’est pas étonnant que les grands voyageurs soient souvent des voyageurs d’affaires. Qui voyage pour le travail est plus susceptible d’accumuler des milles. Plus on s’attend à amasser des milles, plus on y parviendra. Et plus on approche du but, plus la quête devient compulsive.

20 décembre 2019
Une illustration d'un homme vêtu d'un costume survolant la Terre

Le second incitatif, selon Mme Laurin, réside dans la valeur qu’on accorde au résultat. Pour certains, les avantages, surclassements et récompenses suffisent à rendre attrayants les itinéraires les plus tortueux. Pour d’autres, c’est le jeu en soi qui les motive. Prenez Ryan Bingham, interprété par George Clooney dans le film Haut dans les airs, qui a accumulé des millions de milles. Son chiffre magique, celui auquel aspirent plusieurs millionnaires, est de 10 millions.

« Ceux qui aiment prendre l’avion se fixent les objectifs les plus élevés, affirme Mme Laurin. Ça devient une façon de voir à quelle fréquence ils ont pu savourer cette activité. » Les objectifs à long terme sont aussi un moyen d’avoir une vue d’ensemble, de transcender les hauts et les bas. Chaque nouvel échelon permet d’accéder à un club cosmique, dont les membres vivent une camaraderie secrète (un hochement de tête à la vue de votre étiquette de bagage, un roulement d’yeux à une étape de sécurité un peu lente) qui vaut son pesant d’or dans les cieux parfois solitaires.

 


 

Échelons supérieurs

 

Ces recordmans du jet-set sont allés loin pour accumuler des milles, des récompenses et plus encore.

  1. Plus grand voyageur du monde Le consultant automobile et résident du New Jersey Tom Stuker a battu son propre record l’été dernier en franchissant la barre des 21 millions de milles lors d’un vol de Melbourne à Los Angeles. L’homme de 65 ans a effectué plus de 10 000 vols, est allé en Australie plus de 300 fois et a visité tous les États américains en 50 jours, ce qui équivaut à près de 844 voyages autour du monde ou à plus de 40 allers-retours vers la Lune.

  2. Plus grand nombre de poudings pour des milles En 1999, la marque de produits alimentaires Healthy Choice offrait 100 milles aériens pour chaque code-barre envoyé. Après avoir acheté quelques boîtes de soupe, l’ingénieur californien David Phillips a compris que les pots de pouding au chocolat à 25 ¢ étaient plus payants. Une centaine d’heures, 3140 $ et 12 150 pots plus tard, il avait accumulé 1 253 000 milles et acquis le surnom de Pudding Guy.

  3. Plus grand nombre de transporteurs Le photographe aérien japonais Ryuji « Charlie » Furusho détient actuellement le record Guinness du plus grand nombre de compagnies aériennes utilisées, soit 156. Ce nombre ne comprend pas les vols nolisés ou les hélicoptères et regroupe certaines compagnies afin de répondre aux critères de sélection (sa soumission originale s’élevait à 182).

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