Une chanteuse d’opéra parle voyage, taboulé et sérénades au coucher de soleil

Dans Tempo, son émission de musique classique à la radio de la CBC, Julie Nesrallah se décrit comme « l’animatrice à l’abondante chevelure », mais la mezzo-soprano globe-trotter a bien plus à offrir que sa magnifique crinière. Ses prouesses vocales lui ont valu des rôles de premier plan à Paris, Vienne, Hong Kong, Amman, Macao et Rio de Janeiro. Elle a chanté pour Sa Majesté la Reine Noor de Jordanie et entonné God Save the Queen sur la Colline du Parlement pour Will et Kate lors de leur première visite au Canada. (Elle est également l’heureuse propriétaire d’une très convoitée Médaille du jubilé de diamant de la Reine pour sa contribution culturelle aux arts de la scène du Canada.) Avec ses voyages interrompus et ses concerts en suspens, Nesrallah cherche maintenant d’autres façons de faire circuler la musique. Nous l’avons appelée chez elle à Toronto pour discuter de l’opéra dans l’Iowa, de son moment avec Van Morrison et de ce qui s’est passé lorsqu’elle a sérénadé sa ville depuis son balcon au coucher du soleil.

14 avril 2020

enRoute Pourquoi la musique est-elle si importante en ce moment ?
 

Julie Nesrallah Écouter de la musique apporte de la joie. Chanter une chanson apporte de la joie. Ça ravive quelque chose de perdu. Que vous choisissiez de faire un marathon de Led Zeppelin ou de jouer toutes les symphonies de Beethoven, pour un moment vous êtes ailleurs, et c’est bien. C’est comme un recalibrage émotionnel. C’est une période propice pour les arts parce qu’ils sont nos outils de survie : nos âmes ont besoin d’être ravies et ça passe par les arts.
 

ER Y a-t-il une chanson en particulier qui vous rappelle un voyage mémorable ?
 

JN Into the Mystic, de Van Morrison. Une année pour mon anniversaire, j’ai fait un voyage à Belfast toute seule pour le voir jouer. C’était une atmosphère de dîner-théâtre, dans une salle de banquet joliment décorée avec des lumières scintillantes. Il était fantastique et j’ai eu un petit contact visuel avec lui à côté de la scène. Ce fut l’un des plus beaux moments de ma vie, et cette chanson me ramène à Belfast.

Julie Nesrallah avec la harpiste Caroline Leonardelli au Carnegie Hall

Lors d’un concert de musique française avec la harpiste Caroline Leonardelli au Carnegie Hall.

ER En tant que personne qui voyage beaucoup pour le travail et le plaisir, comment faites-vous pour rester en place ces jours-ci ?
 

JN J’adore voyager ; la vie de chanteuse me sied donc parfaitement. J’aime séjourner dans des hôtels (quelqu’un d’autre fait votre lit tous les jours !) J’aime même faire mes bagages. Chaque fois que je dois aller quelque part, je vide mon placard, je fais le tri et mets tous mes vêtements préférés dans ma valise. En ce moment, j’essaie de trouver des moyens de bouger. Je fais de la marche rapide à l’extérieur quand je peux : tout type de mouvement est bienvenu.
 

ER Et la cuisine ?
 

JN J’adore manger, mais je ne cuisine pas beaucoup. Je suis libanaise, donc je sais faire du taboulé et du houmous et il y a une épicerie arabe où j’achète des choses que ma mère fait. Et puis certains jours, c’est plus du genre : « Sandwichs aux tomates ? Pourquoi pas ? »

Une terrasse de restaurant à Salamanque, Espagne
L’art urbain d'un taureau à Salamanque, Espagne
Scènes de Salamanque, en Espagne, où Mme Nesrallah se produisait sur un bateau de croisière.

ER Dans votre émission, vous parcourez le monde à travers la musique, en racontant des histoires sur la vie des compositeurs que vous présentez. Pourquoi est-ce un complément important à la musique ?
 

JN Pour moi, la chose la plus intéressante au monde, ce sont les autres. Mozart, Chopin, Liszt, Marie Jaëll, Grażyna Bacewicz : ces gens phénoménaux qui ont composé des édifices musicaux remarquables sont avant tout des personnes. Ils avaient des problèmes conjugaux, des sautes d’humeur, des dépendances, ils aimaient leurs animaux de compagnie, manquaient d’argent et faisaient des erreurs. Quand on raconte ces histoires, les gens réalisent qu’ils ont des choses en commun avec quelqu’un comme Mozart, qui était tout à fait humain. Je pense qu’il est important de connecter l’humanité du passé à celle du présent.
 

ER Vous avez récemment chanté une sérénade au coucher du soleil depuis votre balcon à Toronto (vous avez même revêtu une petite robe noire pour l’occasion). Qu’est-ce qui vous a poussé à le faire ?
 

JN J’ai vu un ténor italien sur Twitter chanter un air célèbre, « Nessun dorma » du Turandot de Puccini, et j’ai trouvé ça formidable. J’ai partagé son tweet avec mes abonnés et j’ai demandé : « Qu’en pensez-vous : devrais-je faire de même ? » Mon fil Twitter a explosé. Alors, je me suis habillée, je me suis coiffée, j’ai mis du rouge à lèvres et j’ai chanté O Sole Mio.

Julie Nesrallah et le pianiste Parvaneh Eshghi interprètent "Stairway to Heaven"
Mme Nesrallah et la pianiste Parvaneh Eshghi lors du tournage d’un clip sur le Stairway to Heaven de Led Zeppelin.

ER Pourquoi O Sole Mio ?
 

JN Je l’ai choisi parce que c’est un air italien, et je voulais faire preuve de solidarité avec les Italiens. Puis, c’est une chanson que la plupart des gens reconnaissent (je pense que c’est la chanson de douche la plus célèbre au monde !). Elle raconte aussi à quel point c’est magique lorsque le soleil perce après une grosse tempête. Il y a un espoir philosophique sous-jacent : ça va aller, le soleil brillera demain.
 

ER Comment les gens ont-ils réagi ?
 

JN C’était stressant au début. Je me suis demandé si on allait me crier de me taire ! Mais non. Il y a un bâtiment en face de chez moi et j’entendais le son résonner. Ensuite, il y a eu des acclamations et des klaxons. C’était génial de voir tous ces gens sortir pour écouter et d’établir un lien avec eux. Et ça m’a fait du bien parce que je n’avais pas chanté depuis un moment. Je me suis sentie un peu plus légère.
 

ER Quel est le lieu le plus étrange dans lequel vous avez performé ?
 

JN J’ai chanté dans des granges, chez des gens, dans des cours arrière, partout, mais l’une de mes performances les plus mémorables était à Bogotá. Le Bogotá Philharmonic Orchestra voulait présenter une version concert de Carmen et nous avons joué dans une ancienne arène de corrida. L’orchestre était installé sur une scène et quand j’y ai mis les pieds, les tribunes étaient remplies de monde. La journée était belle, pas trop chaude, avec une légère brise, et l’orchestre s’est exécuté en plein air. C’était électrisant. Bogotá est un endroit magnifique et ses habitants le sont tout autant.

Collines et vallées du Portugal
Fleurs rouges devant une porte au Portugal
Vue depuis la route vers Monsanto, où Mme Nesrallah se produisait.
Mme Nesrallah a arpenté les rues d’un village médiéval portugais entre deux spectacles.

« C’était génial de voir tous ces gens sortir pour écouter et d’établir un lien avec eux. Et ça m’a fait du bien parce que je n’avais pas chanté depuis un moment. Je me suis sentie un peu plus légère. »

ER Avez-vous une destination d’opéra préférée et moins connue ?
 

JN Oui ! Cedar Rapids, dans l’Iowa. Ils ont une formidable compagnie d’opéra et j’ai chanté pour eux un tas de fois. On n’associe pas naturellement l’opéra à Cedar Rapids (la ville d’Ashton Kutcher !), et pourtant. Je suis tombée amoureuse de toute la compagnie.
 

ER Lorsqu’il sera à nouveau possible de voyager, où irez-vous en premier ?
 

JN Je suis allée à Rome une fois, mais juste en passant. Je chantais sur une croisière en Méditerranée et nous nous sommes arrêtés pendant une journée, mais ce n’était pas suffisant. Dès que je pourrai voyager à nouveau, je veux aller à Florence. Je veux voir Le David de Michel-Ange. Je vais commencer par Rome et faire le quatuor : Rome, Milan et Venise, mais Florence d’abord.

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