Explorez Shanghai sans sortir de chez vous

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Faites vos dumplings, découvrez l’art du thé et visitez virtuellement les rues de la plus grande ville de Chine.

Certes vos projets de voyage devront attendre, mais avec un peu d’imagination, vous pouvez vous échapper virtuellement où vous voulez. En attendant, grâce à notre rubrique Explorez la planète sans sortir de chez vous, voyagez dans le confort de votre foyer, et découvrez n’importe quelle ville dans le monde, ici, maintenant.

Ma dernière visite à Shanghai remonte à quelques années – une éternité quand on connaît la rapidité fulgurante avec laquelle les choses évoluent en Chine. En effet, on peut bâtir un édifice de 57 étages en 19 jours ou démolir et reconstruire un viaduc d’autoroute en 43 heures. Dernièrement, en écoutant une série chinoise (j’y reviendrai), j’ai eu envie de retourner dans la ville natale de ma mère – flâner dans les sites historiques des concessions étrangères, me régaler de cuisine de rue, espérer entrevoir des « mamies dansantes » faire quelques pas dans un parc de la ville, et parler shanghaïen, le distinctif bien que déclinant dialecte local.

Bien qu’il soit impossible de sentir la brise alors qu’on déambule sur The Bund, le long du fleuve Huangpu, ou de se faire servir le thé par un maître ou cháyì shī (茶艺师), il existe d’autres façons de s’évader et de briser la solitude en temps de pandémie, en plongeant dans l’effervescence de la plus populeuse métropole chinoise.

10 février 2021
Une vue sur les gratte-ciel de Shanghai depuis un port animé
   Photo : Javier Quiroga

Concoctez vos propres dumplings et autres « poulets ivres »

De festins dignes des rois en passant par d’innombrables types de cuisines de rue, la panoplie de plats offerts à Shanghai vaut à elle seule le déplacement. Heureusement, vous pouvez tenter de reproduire certaines recettes à la maison. Même s’il est difficile de trouver d’authentiques recettes chinoises en anglais sur le web, le site The Woks of Life m’a servi (de porte) d’entrée pour en essayer de nouvelles.

Une femme souriante servant des boulettes cuites à la vapeur à un étal du marché alimentaire
   Photo : Chantal Lim
Un panier de boulettes cuites à la vapeur
   Photo : Jason Leung

Vous avez certainement déjà mangé une soupe aux dumplings (ou xiǎolóngbāo [小笼包]), mais voilà l’occasion rêvée pour la concocter vous‑même. L’enveloppe de pâte doit être mince, délicate et souple – trop épaisse ou pâteuse, vous ne rendrez pas justice au plat. Évidemment, vous pouvez tricher et acheter de la pâte à won‑ton du commerce, pour vous approcher de la minceur voulue, mais rien ne bat une pâte maison. Certaines de mes variétés préférées sont farcies aux pétoncles. Un autre plat dont je raffole, c’est le « poulet ivre », une entrée froide de tranches de poulet marinées 24 heures dans un vin de riz de Shaoxing. Un autre péché mignon incontournable à déguster : la populaire poitrine de porc braisé rouge (hóngshāoròu [红烧肉]), accompagnée de riz et de légumes verts chinois, afin d’équilibrer le goût riche de la viande.

Un théier poussant à l'extérieur
   Photo : Haidan Abdansyakuro

Découvrez l’art du thé

En Chine, la culture du thé, intrinsèquement liée à l’histoire du pays et à son patrimoine, est millénaire. Depuis des siècles, des maisons de thé essaiment partout dans le pays et font office de lieux de rencontres publics. À Shanghai, la magnifique Húxīntíng Teahouse (湖心亭), située dans le jardin Yuyuan (Yù Yuán ), a pignon sur rue depuis plus de 200 ans, ce qui en fait la plus ancienne maison de thé de la ville. Reproduisez l’expérience à la maison (sans la foule de touristes) et apprenez comment boire du thé, selon la complexe cérémonie rituelle. En général, les épiceries asiatiques offrent diverses sortes de thés, mais si vous désirez boire quelque chose d’un peu plus haut de gamme, et que vous n’habitez pas près d’une boutique spécialisée en thés chinois, vous pouvez magasiner en ligne. Entre autres, découvrez le thé vert Bìluóchūn (碧螺春), originaire de la province de Jiangsu voisine. Signifiant « l’escargot vert du printemps », il doit son nom à ses feuilles en spirale, comme la coquille du mollusque, et à la saison où on le récolte.

Une rangée de tasses à thé prêtes pour les tests de goût
   Photo : Oriento

Promenez‑vous virtuellement dans la ville

Le truc génial avec le « télé‑voyage » (voyage virtuel depuis son salon), c’est que vous n’avez pas à vous soucier des bouchons de circulation ni des itinéraires pour traverser la ville d’un bout à l’autre. Par le biais de Google Earth – un outil amusant pour visiter de nouveaux endroits ou montrer à mes enfants à quel point la planète est immense et magnifique –, vous pouvez explorer The Bund (qu’ici on surnomme waitan), le district historique au cœur de Shanghai qui longe le Huangpu. Google peut aussi vous permettre de visiter le jardin de Yuyuan, à proximité, créé en 1559 sous la dynastie des Ming, comme luxuriant jardin privé de 2 ha. Puis, prenez vers l’ouest et vous croiserez le musée de Shanghai, qui recèle plus d’un million de reliques culturelles.

Une vue d'une journée nuageuse au Bund à Shanghai
   Photo : Ding Lu
Une rangée de grands complexes d'habitation à Shanghai
   Photo : Fierte du Cactus

Dans une métropole où les gratte‑ciels sont légion, certains des plus jolis coins pour se promener sont pourtant les rues bordées d’arbres, et les ruelles de l’ancienne concession française et de la concession internationale de Shanghai, des enclaves où habitaient Français, Britanniques et Américains, entre autres résidents étrangers. Territoires dirigés et occupés par les puissances coloniales, au 19e, puis au début du 20e siècle, alors que le colonialisme et l’impérialisme occidental s’étendaient en Chine. Pourquoi se priver de légendaires balades, grâce à des images ou des blogues ? Certaines de ces vieilles constructions ont disparu depuis belle lurette, mais de nombreux bâtiments, petites maisons (shikumen [石库门]) et imposantes villas, ouvrages construits au début des années 1900 tiennent toujours. Il y a longtemps, certains ont été divisés en logements exigus, pouvant accueillir jusqu’à 50 familles, d’autres sont tombés sous les pics pour faire place à la modernité, mais des constructions aux incroyables détails architecturaux ont survécu et sont encore intactes.

Un arbre aux feuilles dorées à Shanghai, Chine
   Photo : Alvan Nee

Découvrez Shanghai par ses auteurs

Si vous préférez découvrir une culture confortablement installé avec un bon livre, lisez la renommée Eileen Chang, dont les nombreux romans se passent souvent dans sa ville natale, notamment Lust, Caution  une histoire d’espionnage sur fond de Deuxième Guerre mondiale (dont le réalisateur Ang Lee a tiré un film, Désir, danger). Ou plongez‑vous dans Old Shanghai ‑ Gangsters in Paradise, ouvrage signé Lynn Pan (ou Ling Pan) qui explore l’histoire de la ville sur un demi‑siècle, jusqu’en 1952, peu de temps après la formation de la République populaire de Chine. Mme Pan a également écrit Shanghai Style: Art and Design Between the Wars, qui fouille les périodes les plus emblématiques de la mégapole.

Une librairie ensoleillée à Shanghai, Chine
   Photo : Beazy

Pour une lecture plus grave, qui donne à réfléchir, il y a la passionnante autobiographie Life and Death in Shanghai de Nien Cheng se déroulant pendant la révolution culturelle (qui revêt une signification toute personnelle, car j’ai grandi en entendant mes aïeules raconter comment elles avaient été persécutées durant ces tumultueuses années). Le parcours et le courage de Mme Cheng m’ont aidée à mieux saisir cette époque et les événements qui ont façonné la vie des membres de ma propre famille, mais, en plus, son récit est un puissant et instructif témoignage de l’une des périodes les plus agitées et désastreuses de la Chine contemporaine.

Découvrez Shanghai par son cinéma

Pour véritablement découvrir Shanghai, rien ne vaut le regard de ses habitants, fictifs comme réels. Pour quelques notions d’Histoire, la superproduction, The Eight Hundred, braque les projecteurs sur un groupe de soldat chinois qui, en 1937, défendent l’entrepôt Sihang contre l’assaut de l’armée ennemie, lors de la seconde guerre sino‑japonaise. Tourné en IMAX, le film a été le plus rentable sur toute la planète cinéma, en 2020, engrangeant plus de 461,3 millions de dollars US. Mais, il a été diffusé uniquement après avoir subi des ajustements. À la dernière minute, en 2019, on l’a retiré de la programmation du Festival international du film de Shanghai, en pleine controverse, à cause de la représentation héroïque qu’on y faisait du Kuomintang, défait une décennie plus tard par le Parti communiste chinois. Si les superproductions ne vous allument pas, le documentaire du réseau public américain PBS, Harbor from the Holocaust, sur les 20 000 réfugiés juifs exilés à Shanghai, lors de la Seconde Guerre mondiale, et la relation complexe entre tous ces groupes disparates, vous intéressera.

Si vous préférez fuir la pandémie autrement qu’en regardant des films de guerre, à ce moment‑là, faites avance rapide jusqu’à aujourd’hui, dans la Shanghai contemporaine. En 2018, le diffuseur allemand Deutsche Welle (DW pour les intimes) a produit un documentaire de 26 minutes intitulé Shanghai: Life in the Megacity. Un aperçu du quotidien d’une ville de 24 millions qui donne la voix aux Shanghaïens, à travers une série de capsules. Envie de quelque chose de plus ambitieux ? I Will Find You a Better Home (Ānjiā 安家) est la série dramatique en 53 épisodes dont je vous parlais en intro, qui m’a donné envie de revisiter Shanghai. Découpée en « tranches de vie », elle a récolté plus de quatre milliards de visionnements. La série dresse un portrait socio‑économique des résidents de Shanghai, montre où et comment ils vivent, à travers le regard d’un groupe sélect d’agents immobiliers, dont on suit les vies professionnelles et privées.