Entrevue avec Danis Goulet, réalisatrice des Voleurs de la nuit

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Le drame dystopique de Danis Goulet est le film autochtone canadien qui a pris l’affiche dans le plus grand nombre de salles de l’histoire.

Danis Goulet a beau avoir remporté le prix du talent émergent au TIFF 2021, la réalisatrice crie‑métisse n’en est pas à ses débuts. Ex‑directrice artistique de l’imagineNATIVE Film + Media Arts Festival de Toronto, elle a tourné plusieurs courts métrages réputés, dont Wakening (2013). Lancé en octobre 2021, son premier long métrage, Les voleurs de la nuit, est un thriller de science‑fiction dystopique sur la séparation forcée des familles, inspiré des pensionnats autochtones. Nous avons parlé à madame Goulet de la place que prennent enfin les films autochtones, des raisons pour lesquelles elle a choisi la SF et de ses ports d’attache au pays.

22 février 2022
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enRoute En quoi la situation des cinéastes autochtones a‑t‑elle changé depuis 10 ans ?

Danis Goulet Au début des années 2000, nos exigences d’un contenu autochtone raconté par des Autochtones se heurtaient souvent au silence ou à la confusion des décideurs. Aujourd’hui, nous assistons à une explosion de nouvelles œuvres autochtones, et c’est grâce aux plaidoyers de nombreux membres de la communauté cinématographique autochtone qui se sont battus pour avoir des chances et des ressources.

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ER Vous intéressez‑vous depuis longtemps à la SF ?

DG La SF est un genre qui donne la liberté d’aborder un thème important tout en entraînant le spectateur dans une aventure palpitante. Le film Les voleurs de la nuit est basé sur des événements réels causés par la colonisation ; c’est une allégorie des pensionnats autochtones et de l’impact de la variole. Les communautés autochtones comptent de nombreux amateurs de SF et j’ai pensé que ce serait une nouvelle façon de s’adresser à eux en leur permettant de s’approprier ces récits.

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ER Vous êtes‑vous inspirée d’autres cinéastes pendant le tournage des Voleurs de la nuit ?

DG Oui, de la grande Alanis Obomsawin, reine du documentaire militant et grand‑mère du cinéma autochtone canadien. J’ai aussi été influencée par des réalisateurs britanniques du réalisme social telle Andrea Arnold, un vrai génie. Une autre pierre de touche de ce film a été le chef‑d’œuvre d’Alfonso Cuarón, Les fils de l’homme, qui se déroule dans un avenir proche, une dystopie qui ne va que légèrement au‑delà de l’époque actuelle.

ER Comment l’acteur‑réalisateur néo‑zélandais Taika Waititi en est‑il venu à participer au film ?

DG La communauté mondiale du cinéma autochtone est vraiment soudée et se retrouve dans les festivals depuis des années. J’ai fait la connaissance de Taika à Sundance en 2004 et nous sommes amis depuis. Quand est venu le moment de tourner Les voleurs de la nuit, je lui ai demandé s’il accepterait d’être producteur exécutif : il a dit oui.

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ER  Quand vous rentrez d’un tournage à l’étranger, quels sont vos ports d’attache au Canada ?

DG Je suis originaire de La Ronge, en Saskatchewan, qui est plantée au bord d’un lac dans la forêt boréale. Rien ne vaut cet endroit, c’est tellement beau. Ma grand‑mère vivait dans la vallée de l’Okanagan, un lieu que j’affectionne aussi beaucoup. Nous y allions chaque été, et en chemin la vue des montagnes est spectaculaire sur la route de Calgary à Banff.