En Pologne, le bortch réconforte

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En voyage à Varsovie et à Cracovie, la journaliste Amy Rosen retrouve ses racines dans un bol de bortch.

Au Pod Samsonem, un resto juif polonais sur une rue piétonne juste au nord de la vieille ville de Varsovie, nous nous attablons à une table à piquenique sous un parasol rouge et commandons bière froide et bortch froid avec tourbillon de crème sure, concombre râpé et aneth frais. « Ce potage porte l’empreinte génétique de nos grands‑mères », annonce mon frère David. C’est si bon que je pourrais en manger pour l’éternité.

Le dîner se poursuit avec de juteux champignons frits, un musicien ambulant jouant des airs d’Un violon sur le toit (en voilà un qui connaît son public) et un plat de poisson gefilte à l’ancienne (aspic de carpe hachée et pochée accompagné de sauce au raifort). Si le repas est en tout point agréable, tout n’est pas parfait pour nous dans ce séjour en Pologne.

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Mon frère et moi sommes venus explorer la Jewish Trail de Cracovie, et chercher en chemin des liens avec la famille de notre père, dont les parents sont tous deux nés en Pologne avant d’émigrer bébés au Canada. Peu après notre arrivée au pays, nous en avions assez vu pour saisir que les visages que nous voyions, en savourant des zapiekankas de 30 cm et des flat whites dans les cafés de troisième vague des rues pavées de Cracovie, ne reflétaient pas ceux de nos ancêtres. Pourtant, l’optimiste que je suis se disait que tout n’était pas joué.

27 août 2021
Une vue aérienne de la vieille ville de Varsovie au coucher du soleil avec de nombreuses personnes marchant sur une place
La vieille ville de Varsovie.   Photo : Victor Malyushev

Et c’est pourquoi nous avons pris le train pour Varsovie, à quelques heures de distance (après être descendus du train pour la Sibérie, pris par erreur), dans l’espoir d’un nouveau regard. Dans le cimetière juif de la ville, touristes, religieuses et garçons portant la kippa circulaient lentement entre les pierres tombales marquant les sépultures de rabbins, d’écrivains et d’industriels. Des rais de soleil filtraient entre les arbres de la forêt et mettaient en lumière les inscriptions hébraïques usées par le temps. Avant la Seconde Guerre mondiale, la Pologne comptait trois millions de Juifs, une des plus fortes populations juives au monde. On en dénombre à présent de 10 000 à 20 000.

Revigorée par le bortch du Pod Samsonem, je demande à mon frère s’il sent un lien avec le lieu de naissance de nos grands‑parents. « Pas le moindre, répond‑il du tac au tac. Il y a une différence entre être polonais et être un Juif polonais. »

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Je suis du même avis, avec un gros bémol : nous venions à peu de chose près de savourer deux bols du fameux bortch de mamie Ronnie, en dépit du fait qu’elle vivait dans un autre pays, outre‑mer. Au Canada, mamie a vécu entourée des siens et a mené une vie heureuse. Vraiment, c’est un bortch du tonnerre.