Une galaxie pas si lointaine

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Nous sommes allés à Orlando, en Floride, explorer un monde qui n’existait jadis qu’à l’écran et dans nos têtes.

Je ne suis pas prêt pour mon premier aperçu du Faucon Millenium. Mais à un détour de la zone Star Wars: Galaxy’s Edge du parc Disney’s Hollywood Studios à Orlando, en Floride, il est là : le vaisseau spatial de Han Solo, plus célèbre tas de ferraille de la galaxie.

Il y a plus de 40 ans que je suis fan de Star Wars. Enfant, j’ai passé des heures à piloter mon Faucon jouet, où ballottaient mes figurines de Solo et de Chewbacca en bravant des périls imaginaires. Adulte, j’ai écrit plusieurs livres sur Star Wars et contribué aux mythes et légendes qui entourent le vaisseau. Je savais avant de venir que le Faucon est le clou de Star Wars: Galaxy’s Edge. Ayant fait des visites virtuelles sur YouTube, je sais même qu’il m’attend pile dans ce détour.

27 mai 2022
Star Wars Galaxy's Edge

Et pourtant. Je m’immobilise, les genoux flageolants.

De un, le vaisseau est immense : plus de 30 m de la proue à la poupe. Et l’abondance des détails est inouïe. Des lumières clignotent sur sa coque cabossée et de la vapeur fuit du train d’atterrissage. Un instant, je ne peux rien faire d’autre que fixer un ami d’enfance qui, je le sais, n’est pas réel même s’il a toutes les apparences de la réalité.

Quand je lui raconte ce moment, Jon Georges, producteur délégué de Star Wars: Galaxy’s Edge, comprend.

« On en a vu pleurer, dit‑il. Star Wars fait partie de nos vies depuis si longtemps que voir ça grandeur nature, ça peut submerger.&nb;»

Galaxy's Edge
Galaxy's Edge

De la Terre du Milieu de Tolkien à la galaxie lointaine, très lointaine de George Lucas, la construction d’un monde imaginaire pour appuyer un récit est depuis longtemps un ingrédient fictionnel. De nos jours, les nouvelles technologies alliées à la classique conception de parcs thématiques rendent tangible l’élaboration d’univers. Des lieux qui n’existaient qu’à l’écran ou dans les livres deviennent des destinations vacances ; non loin de Star Wars: Galaxy’s Edge se trouvent les attractions sur le thème de Harry Potter des parcs de Universal. Quel que soit l’univers fictif, le concepteur d’un parc thématique cherche à satisfaire la nostalgie et la passion des mordus en créant une destination du monde réel.

« Il faut que les fans de Star Wars s’y croient, lance Margaret Kerrison, chef scénariste de Star Wars: Galaxy’s Edge. Il n’y a rien de plus important à mes yeux que raconter un récit qui soit émouvant. »

Star Wars Galaxy's Edge

Il y a des dizaines d’années que Walt DisneyImagineering vise les moments d’émotion, et les deux parcs Star Wars: Galaxy’s Edge (l’autre est à Disneyland, à Anaheim, en Californie) en regorgent. Deux attractions vedettes sont au cœur des parcs de 5,7 ha : Millennium Falcon: Smugglers Run, où l’on peut piloter le Falcon, et Star Wars: Rise of the Resistance, où l’on monte dans un croiseur interstellaire du Premier Ordre. Mais l’élaboration d’univers ne se limite pas aux manèges. Tout y passe : boutiques, restos, paysage urbain.

Le terme imagineer a été forgé par Walt Disney lui‑même pour exprimer un mélange d’imagination et de savoir‑faire technique. Mais dans cet ordre : pour les « imaginieurs », la technologie doit rester au second plan, inaperçue. Quand c’est réussi, c’est comme un tour de magie si apprécié qu’on ne veut pas l’explication.

8D8 à Galaxy's Edge
   8D-J8 en Galaxy's Edge

« À notre meilleur, la technologie est invisible, explique Georges. Elle est là pour transmettre à nos visiteurs un récit et une émotion. »

À Walt Disney Imagineering, c’est par le souci obsessif du détail qu’on crée ces moments d’émotion, le genre de détails qui font de Star Wars: Galaxy’s Edge une enivrante chasse au trésor pour les mordus et une fascinante destination pour les dilettantes.

Star Wars: Galaxy’s Edge recrée la planète Batuu, un comptoir commercial de la frontière galactique, dans l’esprit d’« univers habité » des films, où chaque objet semble avoir son histoire. Les bâtiments ont été grêlés par des tirs de blaster, un moteur de protojet reconverti pour la cuisine et des têtes de droïdes transformées en lampes. Au sol, on aperçoit des traces laissées par des astromécanos comme R2‑D2. Le monstre à tentacules du compacteur de déchets de l’Étoile de la mort se tapit dans un réservoir au‑dessus d’une fontaine. Les affiches sont écrites dans l’alphabet aurebesh de l’univers Star Wars. Les moteurs des vaisseaux grondent au‑dessus de nos têtes, et la nuit on entend les cris de bêtes et d’insectes extraterrestres. Et, oui, on peut boire une tasse de lait bleu, comme Luke Skywalker dans La guerre des étoiles : Un nouvel espoir.

« George Lucas a créé un univers épique, remarquable sur le plan du son et de l’image, raconte Mme Kerrison. Désormais, on peut le goûter et le toucher. On a la chance d’explorer les sens qui n’ont jamais été sollicités dans les films ou séries télé. C’est comment, arpenter les couloirs du Falcon ? Quelle pression faut‑il exercer sur le levier pour plonger dans l’hyperespace ? »

Chewbacca
Star Wars Galaxy's Edge

Pour atteindre ce degré d’authenticité, les « imaginieurs » ont travaillé en étroite collaboration avec Lucasfilm et ainsi découvert que Star Wars n’est pas aussi irréaliste qu’il y paraît. « Beaucoup des endroits où l’histoire de Star Wars nous emmène nous sont familiers, ça ressemble beaucoup à la Terre, poursuit Mme Kerrison. Il suffit d’ajustements mineurs : ajouter des dômes sur les édifices, placer des vaporateurs d’humidité, etc. »

Pour obtenir le look parfait, les « imaginieurs » ont épluché les illustrations de l’artiste‑concepteur des premiers films, Ralph McQuarrie, et visité des souks au Maroc et en Turquie. Ces influences du monde réel, on les retrouve au marché de Batuu, entre grappes de lampes richement ornées et tapons de fils suspendus.

Les manèges aussi sont chargés de détails. Millennium Falcon: Smugglers Run vous fait accéder à la soute du Falcon, où nul ne résiste à un égoportrait à la table‑­damier de Dejarik. Mais soyez attentif et vous verrez d’autres accessoires familiers : le droïde d’entraînement dont Luke s’est servi pour s’entraîner au sabre laser, les outils de Han, des nids de porgs.

Disney a appliqué le même souci du détail à des éléments jamais vus à l’écran. Les employés, dans la peau de leur personnage, s’expriment dans le dialecte de Batuu, les prix sont indiqués en crédits et le coca‑cola est vendu en bouteilles rondes étiquetées en aurebesh. Même les poubelles semblent venir d’une galaxie lointaine, très lointaine… avec un œuf de Pâques pour vrais mordus qu’on ne révélera pas ici.

« La seule chose qui semble venir d’ailleurs, c’est les visiteurs, lance Mme Kerrison. Tout le reste, espère‑t‑on, est aussi authentique que possible. »

Star Wars: Galaxy's Edge

Star Wars: Galaxy’s Edge est si réaliste qu’on n’a pas trop envie d’en percer les secrets technologiques. Le documentaire The Imagineering Story de Disney révèle que Millennium Falcon: Smugglers Run compte 28 cockpits, montés sur quatre plaques tournantes. Ce sont des plateformes mobiles, du type déjà utilisé sur le manège Star Tours né de la première collaboration entre Disney et Lucasfilm, bien avant le rachat de 2012 qui les a fusionnés. (Star Tours a été modernisé pour y inclure des lieux de Star Wars : L’ascension de Skywalker.) Les images qu’on voit dans le cockpit du Falcon ont été créées par un moteur de jeu spécialement conçu pour le manège.

Mais ce qui m’a frappé, c’est que j’ai fait Millennium Falcon: Smugglers Run plusieurs fois avant de réaliser que le cockpit que je voyais à l’extérieur ne pouvait pas être celui où je m’étais assis. Je m’amusais tellement que je n’ai pas cherché à comprendre le truc.

Les « imaginieurs » comptent sur cette suspension d’incrédulité pour Star Wars: Rise of the Resistance, une des plus grosses et complexes attractions de l’histoire de Disney.

Celle‑ci combine plusieurs systèmes pour manèges (plateformes mobiles, technologie sans rail et tour de chute) pour un aller‑retour immersif de 15 minutes entre une base de la Résistance sur Batuu et les entrailles d’un croiseur interstellaire du Premier Ordre. Après la première section de la file d’attente, où un hologramme de Rey (Daisy Ridley) explique la mission, on interagit avec des employés costumés en gros bras du Premier Ordre, des animatroniques (dont toute une armée de Stormtroopers) et des personnages holographiques joués par des acteurs de la troisième trilogie.

Le résultat brouille la frontière entre manège et attraction. Le moment où les visiteurs sont amenés d’un transport de la Résistance au hangar du croiseur interstellaire est grandiose.

« C’est gros, on n’avait pas le choix, explique Georges. L’histoire de Star Wars à l’écran est d’une ampleur épique, et c’est ce qu’on voulait recréer. »

Star Wars Galaxy's Edge
Star Wars Galaxy's Edge

Mais ce qu’il préfère de Star Wars: Rise of the Resistance, ce sont les émotions qu’elle suscite : « Je vois les visages des visiteurs pâmés au sortir du transport, et j’en ai les larmes aux yeux. Car c’est ce qu’on visait. »

D’autres frontières sont brouillées à Star Wars: Galaxy’s Edge. Au Dok Ondar’s Den of Antiquities, qui regorge d’articles Star Wars, entre casques de soldats et têtes de bêtes empaillées, un fan peut volontiers passer une heure à triper sous le regard animatronique de Dok avant d’acheter une réplique fidèle de comlink ou de Holocron Jedi auprès d’un caissier de Batuu. Au Savi’s Workshop – Handbuilt Lightsabers, on peut construire son propre sabre laser lors d’une cérémonie d’une demi‑­heure désormais incontournable.

Où qu’on soit, l’émotion est au rendez‑vous.

« On retenait notre souffle à l’inauguration parce qu’on ignorait si le reste du monde allait partager notre enthousiasme, avoue Mme Kerrison. Pour moi, arpenter cette zone m’émeut toujours autant. »

Quand j’ai enfin eu l’occasion de tirer le levier dont parlait celle‑ci, celui qui propulse le Falcon dans l’hyperespace, je ne pensais pas au logiciel qui transforme les étoiles en traînées de lumière ou au fait qu’une plateforme mobile fait vibrer tout le cockpit. L’espace d’un instant, avec le levier bien en main, j’avais à nouveau huit ans, et j’étais Han Solo.

À lire: Domee Shi, de Pixar, donne une touche de magie à Toronto dans Alerte rouge

Star Wars Galaxy's Edge
   Star Wars: Rise of the Resistance

Sur place

Galaxy’s Edge – Orlando, Floride

OÙ LOGER

Star Wars: Galactic Starcruiser

La visite de Star Wars: Galaxy’s Edge sera encore plus immersive l’an prochain, à l’ouverture du complexe Star Wars: Galactic Starcruiser. Un séjour de deux nuitées simulera un voyage sur le vaisseau Halcyon, avec le même souci d’authenticité que le parc. Les fenêtres auront une vue simulée sur l’espace, les clients croiseront droïdes et extraterrestres, et petits et grands pourront s’entraîner au sabre laser et explorer les mystères du vaisseau. Disney promet aussi une excursion sur Batuu, à savoir une navette entre l’hôtel et Star Wars: Galaxy’s Edge.

D’ici là, descendez au Disney’s Caribbean Beach Resort, où la piscine évoque un ancienne citadelle espagnole. Réservez une chambre à thématique de pirates avant d’aller rencontrer le roi pirate Hondo Ohnaka à Star Wars: Galagy’s Edge, qui se trouve à une station de distance en télécabine Disney Skyliner.

Le Hollywood Brown Derby
   The Hollywood Brown Derby – Photo: Osseous Flickr

OÙ MANGER

The Hollywood Brown Derby

Il y a de la restauration rapide à Star Wars: Galaxy’s Edge, mais ce resto du parc Disney’s Hollywood Studios est tout près. C’est la réplique d’un resto de l’âge d’or d’Hollywood où maint contrat de film a été conclu et où la salade Cobb a été créée. (Croit‑on.) Ne manquez pas le divin gâteau au pamplemousse.

Epcot
   Epcot – Photo: inazakira-Flickr

À faire

Epcot

Un billet 4‑park Magic donne accès à d’autres parcs Disney en plus de Disney’s Hollywood Studios. Disney’s Animal Kingdom propose un safari et l’hallucinant manège Avatar Flight of Passage. De plus, Epcot va présenter un nouveau spectacle pyrotechnique, Harmonious, dans le cadre d’une transformation comprenant l’ajout du manège Remy’s Ratatouille Adventure et du film Beauty and the Beast Sing‑Along au pavillon de France.

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