Délice suisse: Un trek sur un tronçon de la Via Alpina

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Bons amis, ciel bleu et sinueux sentier de montagne font une aventure alpine estivale idyllique. 

La pleine mesure de cette escapade se compte en kilomètres parcourus (96), en kilos de Berner Alpkäse engloutis (11) et en égoportraits réalisés (plus ou moins 400). Il y a quelques étés, Jake Stangel, photographe à San Francisco, et quatre amis se retrouvaient à Zurich pour se remettre du décalage horaire sur les rives ensoleillées de la Limmat. Deux jours plus tard, ils prenaient le train vers Meiringen, au pied des Alpes suisses enneigées, pour démarrer leur véritable aventure. Le groupe s’y est lancé dans un trek de six jours sur un tronçon de la Via Alpina, un réseau de cinq itinéraires balisés qui relie huit pays, de la Slovénie à Monaco. La portion suisse compte 20 étapes sur un sentier qui franchit de hauts cols et redescend dans des villages alpins isolés qui, depuis des siècles, repaissent les marcheurs de bière froide et de chaudes portions de rösti.

30 mai 2022

Au pied du Schilthorn (sommet illustre pour son téléphérique et son resto pivotant, qui sert de QG pour le méchant du film de James Bond Au service secret de sa majesté), le Rotstockhütte, à environ 2039 m d’altitude, n’est qu’un des nombreux refuges alpins sur le sentier ; c’est à la fois un resto, un gîte et une brasserie. « Le soleil brillait et le temps était parfait, alors nous nous sommes attablés à la terrasse devant une bière », raconte M. Stangel.

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Les abords de la Limmat se prêtent au vélo, à la nage ou à la détente au soleil sur une serviette. Le Flussbad Oberer Letten est une zone de baignade fluviale longue de 400 m, avec terrains de volleyball de plage et de pétanque, à proximité de nombreux restos et cafés. « Nous avons organisé notre temps à Zurich autour de la rivière, explique M. Stangel. Nous avons goûté toute l’exubérance ambiante et la richesse d’une culture née d’une cacophonie de langues. »

 « On est arrivés après une journée de marche à Wengen, où tous ces gens chics maniaient leur perche à selfie ; j’ai adoré ce contraste », déclare M. Stangel. L’époustouflant paysage de Wengen sert de toile de fond aux photos de fiançailles de couples venus de partout : interdite aux voitures, la station curieusement perchée à mi‑hauteur de l’Eiger est depuis longtemps vue comme la ville alpine par excellence ; Mary Shelley et Felix Mendelssohn, entre autres touristes du début du xixe siècle, y ont séjourné. 

Heute Ruhetag, sur l’écriteau devant le resto Kaltenbrunnen, à Schattenhalb, signifie « C’est jour de repos ». S’il n’avait pas été si tôt en cette première journée de trek, M. Stangel et ses amis s’y serait certainement posés. « Les coloris de la scène, le lettrage et la conception de l’écriteau m’ont absolument conquis », avoue le photographe. Le menu est typique de la cuisine proposée le long du sentier : rösti, bière et gâteau aux fruits maison.

Sur le bord de la Limmat, à Zurich, on peut faire quelques pas en amont sur la promenade, plonger d’un pont et se laisser porter par le courant jusqu’à sa serviette, restée au chaud. (L’eau se maintient agréablement à 20 °C l’été.) « Nous entendions du reggae au loin et observions tous ces gens qui sirotaient une boisson dans les cafés donnant sur la rivière, résume M. Stangel. Nul ne se dépêchait à faire quoi que ce soit. Chacun se contentait d’apprécier la vie. » 

 La cabane en pierre de Blüemlisalp, aux volets qui rappellent des cannes de bonbon, semble avoir surgi de l’éperon rocheux où elle se dresse (le site de réservation recommande d’avoir le pas sûr dans la montée). Elle était à mi‑parcours de la dernière étape du groupe, de Griesalp à Kandersteg. Les amis avaient déjà pris le parti d’entonner : « Ich habe Aprikosenkuchen in der Küche! » (tarte aux abricots dans la cuisine !) à l’approche de chaque refuge, à l’idée des pâtisseries fraîches qu’ils allaient y trouver.

On accède à ce village bucolique à pied l’été et en ski l’hiver, mais impossible d’y aller en voiture. Sis à 1661 m d’altitude, Mürren est le village le plus élevé du canton de Berne à être habité toute l’année (par environ 450 personnes). C’est le berceau de la Suisse typique avec ses douillets chalets de bois, ses chutes spectaculaires et sa vue imprenable sur les sommets de l’Eiger, du Mönch et de la Jungfrau.

Voyager en groupe peut être aussi ardu que réussir une ascension difficile dans les Alpes. Même si c’était le tout premier trek que M. Stangel faisait avec ses amis, tout s’est fort bien déroulé. « Nous avions une vision commune de la manière d’occuper notre temps, explique‑t‑il. Nous étions tous en phase avec le niveau de difficulté de la randonnée ; à Zurich, ça nous allait parfaitement de lire alignés au soleil, couchés sur le dos ou sur le ventre pour bronzer de façon égale. »

Dans une boutique de Wengen, M. Stangel a repéré un tourniquet de cartes postales qui, selon lui, aurait plu à Lars Tunbjörk, un photographe suédois décédé en 2015, connu pour le soin qu’il mettait à saisir les petites absurdités de la vie moderne. « Je prends souvent des photos qui lui rendent hommage, dit‑il. J’aimais le cachet ancien de ces cartes postales montrant 20 clichés différents des Alpes ; l’une de ces images était de travers et m’a rappelé les compositions souvent décalées de M. Tunbjörk. »

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Le choix de la Via Alpina pour l’expédition s’est imposé pour M. Stangel à la lumière du niveau d’accomplissement quotidien exigeant qu’il recherchait, sans qu’il ait toutefois à redouter de chuter d’une falaise ou de manquer d’eau. « On se sent appartenir à une longue tradition de randonneurs, et presque tout ce qu’on voit faisait déjà partie du paysage il y a des siècles, résume‑t‑il. C’est vraiment une des versions les plus idylliques et pittoresques des Alpes. »