Sur les traces du fromage

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Sur la Via Sbrinz, la voie commerciale de ce fromage suisse

Nous passons en revue les restes de notre dîner. « J’ai une pomme. » Je me tourne vers mon mari. « Toi ? » Il sort une barre Toblerone en train de fondre doucement.

Après 10 heures de randonnée en cette chaude journée d’août dans les Alpes suisses, de Grindelwald à Guttannen, nous en sommes à nos ultimes bouchées d’énergie et aux dernières gouttes d’eau de nos gourdes. Encore une heure avant d’atteindre notre destination, le hameau de Handegg. C’est bientôt l’heure du souper et le soleil descend, qui allonge les ombres jumelles de nos corps sur la vallée de l’Aar.

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Au moment de planifier notre randonnée sur la Via Sbrinz de la Suisse centrale jusqu’au val Formazza, en Italie, j’ai rudement sous‑estimé la distance à parcourir en cette seconde journée de notre trek de cinq jours, soit plus de 70 km par vallées alpines et hauts cols. Je crains que nous ayons épuisé notre énergie et notre enthousiasme et que nous peinerons à refaire le plein pour terminer le trek, que j’ai choisi de faire pour mes 50 ans. Mais peut‑être que c’est juste la faim qui parle.

20 août 2021
Une photo aérienne de collines verdoyantes et de montagnes en Suisse avec des maisons parsemées le long des pentes inférieures
Suisse   Photo : Julian Villella

Réfléchissant à ce qu’il convient de faire, je songe aux mules qui parcouraient jadis cette voie commerciale séculaire baptisée en l’honneur du sbrinz, un fromage à pâte dure qu’on peut briser, raboter ou râper et dont la consistance évoque celle du parmesan. Autrefois une des principales exportations de la Suisse, le sbrinz était acheminé par les imposants cols du Grimsel et de Gries aux marchés de Domodossola, en Italie du Nord. On le troquait contre du vin, de la farine de maïs, du riz et des épices, qu’on rapportait par le même chemin très fréquenté. Là, je donnerais n’importe quoi pour du sbrinz et un verre de vin.

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L’achèvement du tunnel ferroviaire du Saint‑Gothard en 1882 a signifié la fin du commerce muletier, et de nos jours le sentier accueille des randonneurs désireux de marcher dans les traces de l’histoire et d’admirer les paysages alpins. Le CarPostal offre une façon facile et pittoresque de faire une version de la Via Sbrinz ; celui que nous voyons alors arriver au détour d’un chemin sauve la situation, sinon tout le voyage. Nous le hélons et poursuivons la route en brinquebalant jusqu’à Handegg, où un verre bien mérité de gamay suisse et un morceau de fromage nous attendent à l’auberge.