À quoi ressemble véritablement une prise de vue en réalité virtuelle à bord d’une station spatiale

Toutes les productions cinématographiques dans le monde ont cessé leurs activités au début du mois de mars, sauf une. Et ce, uniquement parce qu’elle avait lieu là-haut, au-dessus de nos têtes, à bord de la Station spatiale internationale. Les pionniers de la réalité virtuelle Félix Lajeunesse et Paul Raphaël, cofondateurs de Felix & Paul Studios, avaient une équipe qui tournait un documentaire à bord de la station pour un projet qui sortira cet automne (restez à l’affût), mais en attendant, ils partagent quelques réflexions sur le voyage virtuel dans l’espace.

21 mai 2020

Félix Lajeunesse Depuis plus d’un an, nous tournons avec plusieurs astronautes de différents pays à bord de la Station spatiale internationale, et la caméra que nous utilisons filme en 3D, à 360 degrés, ce qui produit sur le spectateur une impression d’immersion dans la scène.

Nous positionnons la caméra dans un endroit de la station où une personne pourrait réellement se trouver, et non pas en hauteur ou plaquée contre un mur, comme une caméra de surveillance. Cela ne créerait pas l’effet d’une présence. La présence consiste à « considérer la caméra comme un être humain que nous positionnons réellement dans la scène. » Si nous recréons la scène d’un repas d’équipage avec tous les astronautes, la caméra aura une place à table. Les astronautes sont là, assis en face, et vous vivez le moment comme si vous y étiez.

Un astronaute flotte au-dessus de la Terre.
Une photographie de la lune terrestre, à moitié éclairée par le soleil.

Paul Raphaël Nous parlons beaucoup de la notion de présence. À cet égard, la réalité virtuelle diffère fondamentalement des autres formes de médias numériques en ce qu’elle permet au spectateur de vivre l’expérience. Cela signifie aussi qu’il sent la présence des autres personnages, fictifs ou réels, ainsi que l’environnement.
 

FL À bord de la station spatiale, il y a une coupole qui tient lieu de fenêtre. Par cette coupole, on peut voir une vaste partie du monde. On ne voit pas la Terre entière, on n’est pas si loin, mais la très large perspective permet de voir presque tout un continent.

L’expérience de cette vue donne généralement à tous les astronautes une « vision d’ensemble ». C’est une sorte de « révélation », un moment où ils voient soudain la Terre sans l’idée de frontière, ou de tout ce qui oppose entre eux les humains. Ils voient plutôt ce qui nous unit : la biosphère, l’homme et la nature formant un tout interconnecté, la fragilité et l’unicité de notre monde.

En jetant un coup d’œil autour, le reste de la galaxie et de l’univers semble mort. Sur la Lune et sur le Soleil, il n’y a pas de vie non plus. Mais en apercevant la Terre, on y voit battre la vie. Et on a envie de la protéger.

La coupole de la Station spatiale internationale avec une vue de la Terre au-delà.

PR Peu importe ce qui se passe sur les écrans qu’on regarde, on n’en fait pas partie. Bien sûr, on peut toujours se plonger dans un film ou s’identifier à des personnages, mais ce n’est pas comme se trouver parmi eux. La réalité virtuelle change la perspective. Elle élargit vraiment l’éventail des possibilités de ce que nous pouvons faire ressentir aux gens et la puissance avec laquelle nous pouvons le faire.

FL Nous mettons beaucoup d’efforts à témoigner des principales étapes de l’évolution des vols spatiaux habités. Nous voulons être présents lors des voyages sur la Lune et sur Mars.

Pour Mars, il sera manifestement impossible d’y transporter sept ou huit milliards de personnes. Mais s’il existe un moyen de vivre ce voyage, d’être là aux côtés des astronautes, d’y être transporté et immergé, tout le monde voudra le faire.
 

Le questionnaire

  • Souvenir préféré (Paul) À ma naissance, ma grand-mère a rapporté une pousse de palmier de son voyage au Pérou. Aujourd'hui, il me dépasse en hauteur, et se trouve derrière moi en ce moment même.

  • Voisin de rêve en avion (Félix) J’adorerais voler avec mon père. J’ai de bons souvenirs de voyages avec lui quand j’étais enfant… mais cela me semble très lointain. En prenant de l’âge, ce serait bien de reprendre la route (ou les airs), rien que nous deux.

  • Quel est votre premier souvenir de voyage ? (Paul) Un bus navette de Mirabel à Alexandria, tard le soir avec mes parents. J’étais fasciné par les avions, mais trop somnolent pour garder les yeux ouverts.

  • Le voyage a le pouvoir… (Félix) D’élever, de changer ou de clarifier votre point de vue sur l’essentiel : famille, amis, projets, aspirations. D’après mon expérience, voyager est généralement éprouvant pour le corps, mais salutaire pour l’âme.

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