La cheffe Suzanne Barr: mémoires, militantisme et voyages en musique

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Avec la parution de My Ackee Tree ce printemps, la cheffe, restauratrice, vedette télé et experte torontoise pour les Meilleurs nouveaux restos canadiens ajoute «autrice» à son CV déjà impressionnant.

Si vous suivez le monde culinaire canadien, vous avez entendu parler de Suzanne Barr. La cheffe, réputée pour sa cuisine réconfort afro‑caribéenne, a ouvert deux restos à Toronto (le True True Diner et le Saturday Dinette), est membre du jury de l’émission Wall of Chefs de Food Network Canada, fait partie des experts consultés pour les Meilleurs nouveaux restos canadiens et est une militante très en vue, qui utilise sa notoriété pour mettre en lumière des causes comme la sécurité alimentaire et l’équité salariale pour les travailleurs de la restauration. À présent, la célèbre cheffe se prépare à publier ses mémoires, My Ackee Tree, en avril. Nous avons lui avons parlé de son livre, de l’avenir du secteur de la restauration et de ses meilleurs souvenirs de voyage. 

25 février 2022
Une photo de la chef Suzanne Bar, vêtue d'un t-shirt blanc et d'une salopette en jean bleu, retournant une crêpe dans une poêle noire.
   Photo: Penguin Random House Canada-Samuel Engelking

enRouteÀ quoi doit‑on s’attendre de My Ackee Tree?  

Suzanne BarrD’abord et avant tout, c’est un récit jalonné de recettes, non un livre de recettes ponctué d’anecdotes. Ce récit s’étend sur plusieurs décennies de ma vie et contribue à raconter qui je suis. Mes fans peuvent également s’attendre à beaucoup de larmes et de rires, car je me suis ouverte en toute franchise. 

ERÉcrire ses mémoires, est‑ce comme ouvrir un resto? 

SBL’écriture de ses mémoires est totalement différente de la création de recettes ou de l’ouverture d’un resto, dans la mesure où ça demande une autodiscipline herculéenne et des épanchements constants, même lorsque la plume est tarie. Ouvrir un resto est accaparant, ça exige bien des efforts physiques et ça impose de faire plusieurs tâches à la fois. Écrire ses mémoires exige des efforts émotifs acharnés. Il faut revivre ses souvenirs, bons et mauvais, se remettre constamment en question et choisir entre ce que l’on rature et ce que l’on garde. C’est beaucoup de larmes et de découragement. Mais c’est aussi terriblement gratifiant. 

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La couverture du livre de la chef Suzanne Barr, My Ackee Tree.
   Photo: Penguin Random House Canada - Samuel Engelking

ERVotre livre nous entraîne, notamment, à New York, à Atlanta, à Hawaii, dans les Hamptons et en France. Qu’est‑ce qui vous fascine le plus dans ces lieux? 

SBCe qui me reste le plus en mémoire de tous ces endroits, c’est la musique qui a accompagné chaque voyage. New York me rappellera toujours le hip‑hop et la deep house mâtinée de soul des années 1990. À Atlanta, j’ai découvert Erykah Badu. À Hawaii, j’écoutais Little Dragon en boucle. Dans les Hamptons, j’ai adopté des groupes de rock alternatif comme Arcade Fire, Radiohead et TV on the Radio, avec de temps en temps un peu de la soul classique de Marvin Gaye. En France, j’ai tripé sur Serge Gainsbourg, MC Solaar et John Coltrane. Mon amour pour la musique sera toujours le fil conducteur de ma vie. 

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ERLe secteur de la restauration a été très touché par la pandémie et a demandé qu’on prenne des mesures touchant divers aspects, de l’équité salariale à la santé mentale. De quoi sera fait son avenir?  

SBJe pense que l’industrie était une bombe à retardement et que la pandémie l’a fait éclater en mille morceaux. Entre la Grande Démission, les problèmes de chaîne d’approvisionnement et tout le reste, nous sommes en train de ramasser les pots cassés et d’essayer de rebâtir d’une manière fondamentalement différente. En ce sens, l’effondrement de l’infrastructure de la main‑d’œuvre est une bénédiction: elle nous permet d’imaginer un nouveau cadre qui englobe la rémunération équitable, les espaces positifs, le soutien à la santé mentale, la diversité, l’équité et l’inclusion. 

EREt quels sont vos prochains projets?  

SBPlus d’implication en droits de la personne, ma raison d’être, à bien des égards. On a tous des talents et des dons; si moi, j’excelle en cuisine, je vais continuer de m’en servir pour promouvoir la sécurité alimentaire, le développement durable et une saine alimentation. Je suis également emballée par le lancement de mon entreprise alimentaire, Suzanne Barr Food, qui est l’aboutissement de tout ce que j’ai de créatif et d’entrepreneurial. Elle aura trois divisions: Provision Chips (une gamme de croustilles de légumes racines), Adassa (sauces, marinades et épices) et Ms. Dinette (tabliers, ustensiles et articles de cuisine). J’espère aussi qu’il y aura d’autres voyages, sources inépuisables d’inspiration pour moi. J’ai hâte de pouvoir me rapprocher de nouveau des gens de partout, et de partager cuisines, récits, épreuves et triomphes.