Tourisme accessible : chemin parcouru et prochains objectifs

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Notre journaliste offre son expérience familiale et des trucs pour voyageurs affectés par l’autisme, la mobilité réduite, la démence et la maladie mentale.

La file au contrôle de sûreté de l’Aéroport international de Calgary avançait à pas de tortue.

« J’aime pas attendre en file ! » s’est exclamé mon fils, alors âgé de six ans, en me tenant fermement et anxieusement la main. Deux minutes plus tard, il s’écroulait par terre, en sanglots, et refusait de bouger. Des voyageurs nous lançaient des regards étonnés. Décontenancés, mon mari et moi nous demandions pourquoi nous avions même osé sortir de la maison ; après tout, 87 % des familles comme la nôtre, avec un enfant qui a un trouble du spectre de l’autisme, ne voyagent pas du tout.

Au cours des sept années qui se sont écoulées depuis, voyager est devenu plus facile pour notre famille affectée par l’autisme. Nous avons appris à préparer notre fils aux jours de voyage, et nous lui donnons des outils, par exemple des objets à manipuler, afin d’atténuer son anxiété dans les longues files d’attente.

En matière de handicaps, l’inclusivité s’est accrue dans le monde du voyage : pendant des années, les besoins des personnes aux prises avec des problèmes sensoriels, des troubles cognitifs, une mobilité réduite ou des problèmes de santé mentale ont été essentiellement ignorés, mais les six millions de Canadiens qui s’identifient comme ayant un handicap trouvent de moins en moins ardu de voyager au Canada et à l’étranger.

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18 août 2021
Deux cabanes nichées dans les arbres avec une petite route devant elles et un lac et des collines en arrière-plan
Cabanes adaptées aux personnes touchées par les réalités de l’autisme au parc national du Gros‑Morne.   Photo : Sheldon Stone - @Parks Canada - Parc national du Gros-Morne

Chemin parcouru

De nombreuses destinations populaires ont commencé à se doter d’équipements adaptés aux voyageurs ayant un handicap. Ainsi, Disneyland propose des espaces de silence où se détendre, des recueils de cartes et de plans tactiles et des systèmes de sonorisation assistée. Parcs Canada propose au parc national du Gros‑Morne des cabanes adaptées aux personnes touchées par les réalités de l’autisme, de même que des hébergements, sites de camping, sentiers et plages accessibles en fauteuil roulant dans des parcs de tout le pays. Les navires de croisière de la Royal Caribbean proposent des cabines de première classe et excursions accessibles et acceptent les chiens d’assistance à bord, et l’entreprise offre une formation aux réalités de l’autisme à ses employés qui travaillent dans la programmation d’activités pour enfants et pour jeunes. De son côté, Mesa, en Arizona, est devenue en 2019 la première destination au monde à répondre aux besoins des voyageurs souffrant de déficiences développementales quand plus de 50 de ses entreprises, y compris des hôtels, des attractions et des parcs de la ville, ont rempli les critères de certification en matière d’autisme.

Pour Tova Sherman, PDG de reachAbility, un organisme néo‑écossais qui aide les gens qui se heurtent à des obstacles à l’inclusion au travail, dans leur communauté et désormais en voyage, cette vague d’inclusion est due à un changement d’attitude envers les voyageurs souffrant de handicaps. « En matière de handicaps, on assiste à un changement de paradigme; on désire inclure les gens souffrant d’un handicap, et non les éviter », affirme‑t‑elle.

Ce changement est favorisé par ce que Mme Sherman appelle la « rentabilisation du handicap ». En gros, l’industrie du tourisme a réalisé qu’elle peut avoir accès à un marché qui représente le quart de l’ensemble des voyageurs et qui génère des dépenses annuelles de milliards de dollars… si elle se dote des équipements appropriés. Au Canada, la législation va dans le même sens : à l’adoption de la Loi canadienne sur l’accessibilité en 2019, le pays s’est engagé à devenir exempt d’obstacles au plus tard en 2040.

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Trois femmes de couleur - une avec une canne, une en fauteuil roulant et une marchant sans aide - marchent sur un trottoir devant un mur orange
   Photo : Chona Kasinger - Disabled and Here

Prochains objectifs

Sonja Gaudet, spécialiste en accessibilité régionale pour la Thompson Okanagan Tourism Association (TOTA), en Colombie‑Britannique, discute avec des représentants d’hôtels, de domaines viticoles et d’entreprises d’expériences en plein air afin de suggérer des changements qui conviennent à tout le monde (et pas seulement aux voyageurs handicapés), par exemple le recours à des lits plus bas dans les chambres d’hôtels et l’ajout de toilettes portatives accessibles sur les sentiers. Comme le précise Mme Gaudet, tout le monde aime les grandes cabines de toilette, et pas juste les gens en fauteuil roulant comme elle. « La création de milieux adaptés à chacun, peu importe l’âge, la taille, le sexe ou le genre, la culture et les capacités des personnes, rend l’expérience beaucoup plus inclusive », résume‑t‑elle.

Mmes Gaudet et Sherman suggèrent un petit élément qui pourrait radicalement changer les choses en matière de voyage accessible : la volonté d’essayer. Il faut que les entreprises fassent savoir qu’elles sont prêtes à accueillir tous les voyageurs, qu’il s’agisse de diminuer le volume de la musique de fond, de reloger des clients dans une chambre au rez‑de‑chaussée, de proposer une autre heure d’arrivée qui soit moins occupée ou d’offrir une lampe‑stylo et un menu en gros caractères. 

Trucs d’experts pour voyageurs affectés par l’autisme, la mobilité réduite, la démence et la maladie mentale

La silhouette d'un père et d'un enfant debout devant un réservoir de méduses bleues à Ripley's Aquarium
Un parent et un enfant regardant par la fenêtre dans un aéroport
   Photo : Ripley's Aquarium of Canada
    Photo : Ivan Lapenkov

Trucs pour voyageurs touchés par l’autisme

De nombreux enfants et adultes autistes traitent l’information sensorielle de façon différente des non‑autistes, ce qui peut rendre plus difficiles les accrocs à la routine et les environnements chaotiques associés au voyage. 

« Les familles qui ont des enfants autistes craignent de voyager », déclare Angela Faminoff, une voyagiste de Victoria dont la spécialité est d’aider les familles ayant des enfants souffrant d’un trouble du spectre de l’autisme à planifier des vacances réussies.

Elle recommande à ces familles de faire une visite d’essai de l’aéroport avec un organisme comme le Canucks Autism Network, de façon à savoir à quoi s’attendre le jour du départ. Quand vient le temps de voyager avec un enfant autiste, d’autres trucs consistent à créer un itinéraire visuel qui lui montre à quoi s’attendre, ou à emporter des produits sensoriels tels qu’un coussin lesté ou tout ce qui peut l’aider à tenir le coup dans un cadre non familier.

Bien choisir sa destination est également crucial, selon Mme Faminoff. AutismTravel.com énumère des destinations, des centres de villégiature et des attractions qui remplissent les critères de certification en matière d’autisme, comme la chaîne Beaches Resorts, dans les Antilles, et le Ripley’s Aquarium of Canada, à Toronto.

Un homme en fauteuil roulant prend un verre en plein air à une table en pierre avec deux amis.
   Photo : Marcus Aurelius (Pexels)

Trucs pour voyageurs à mobilité réduite

Les voyageurs à mobilité réduite ne sont pas tous en fauteuil roulant. Certains se servent d’une canne ou d’un déambulateur ou ont besoin de plus de temps afin de faire des pauses en se rendant d’une porte d’embarquement à l’autre à l’aéroport. 

Allouez de plus longs délais lors des jours de voyage et appelez hôtels et restos afin de vérifier d’avance à quel point ils sont accessibles, suggère Mme Gaudet. Dans l’avion, assurez‑vous que l’agent de bord est au courant qu’il y a un fauteuil roulant de voyage à bord.

Établissez des liens avec des organismes locaux, du type de CRIS Adaptive Adventures, à Kelowna, qui offrent des équipement adaptés et du soutien pour des activités comme le vélo, les sports de pagaie ou le ski. Certaines entreprises proposent aussi des voyages accessibles guidés et s’occupent de la planification. Mme Gaudet recommande Soulfly Experiences, une entreprise qui met sur pied des voyages inclusifs au Yukon, dans l’Okanagan et sur l’île de Vancouver.

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Une femme aux cheveux blancs face à la caméra lisant un journal dans un aéroport
   Photo : Martin Péchy

Trucs pour voyageurs touchés par la démence

La démence a une incidence sur la cognition, la mémoire et le comportement, et parfois sur l’équilibre, la mobilité et la vue dans les stades avancés de la maladie. Mais de nombreux Canadiens atteints de démence continuent de vivre de façon indépendante et de travailler, et souhaitent voyager.

« Les gens doivent savoir dans quoi ils s’embarquent [avant de voyager s’ils sont atteints de démence] », déclare Linda Garcia, du groupe de travail International Dementia Air Travel, qui prône de rendre les aéroports plus inclusifs pour les gens atteints de démence. « Même si vous savez vous y prendre dans un aéroport, si vous avez des problèmes cognitifs, ceux‑ci vont peser lourdement sur votre cerveau et provoquer de la confusion. »

Il est important de prévoir, de réserver des vols directs quand c’est possible et d’allouer tout le temps nécessaire à l’orientation dans l’aéroport ou dans une ville inconnue. Mettez l’agent de bord au courant que vous ou l’un de vos compagnons souffrez de démence, afin que nul comportement ne prête à une interprétation erronée.

Dean Henderson, de la Dementia Society of Ottawa and Renfrew County, conseille d’avoir des objets chargés de sens et apaisants, par exemple un appareil avec une liste de lecture appréciée qu’on se mettra dans les oreilles pour atténuer les bruits excessifs. À l’arrivée à destination (une ville bien connue est sans doute préférable à un séjour à l’étranger quand un voyageur est atteint de démence), reposez‑vous avant d’entreprendre toute activité et assurez‑vous de prévoir des journées supplémentaires afin de vous organiser.

Une personne est vue en silhouette au loin, debout dans un aéroport ; les fenêtres sont lumineuses mais tout le reste est dans l'obscurité
   Photo : Ilya Ilford

Trucs pour voyageurs touchés par la maladie mentale

Un Canadien sur cinq souffrira d’une maladie mentale diagnostiquée dans sa vie. Or la maladie mentale peut compliquer l’action de voyager.

« Voyager crée de l’imprévisibilité et de l’incontrôlabilité, et là le stress monte, » déclare Keith Dobson, professeur de psychologie clinique au département de psychologie de l’Université de Calgary. « C’est le cas chez les gens souffrant d’anxiété, de dépression et de la plupart des problèmes de santé mentale. »

Les personnes ayant des problèmes de santé mentale qui choisissent de voyager devraient déterminer les adaptations dont elles ont besoin pour faire de leur séjour un succès, par exemple d’être accompagnées d’un ami ou d’un membre de la famille qui comprend leur condition, suggère le Pr Dobson. Et assurez‑vous d’avoir les médicaments requis en quantité suffisante, ainsi que du matériel de soutien du type applis de méditation ou extraits audios qui favorisent le sommeil. Comme le manque de sommeil peut être un puissant déclencheur, envisagez de voyager à proximité plutôt que de franchir de nombreux fuseaux horaires et de subir le décalage horaire qui s’ensuivrait.

Et comment diminuer l’anxiété que fait naître le trajet en avion ? Si c’est un problème, le Pr Dobson propose de planifier et d’apporter des médicaments, ou encore un casque antibruit et un masque de repos afin d’inhiber les stimulations.

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La liste qui précède est loin d’être complète (il existe plus de 200 maladies mentales). Nous vous recommandons donc de faire des recherches sur Google ou de vous adresser à vos réseaux sociaux ou à une personne de confiance pour trouver les ressources qui conviennent à votre cas. Entre The Triple Cripples, un blogue en soutien aux personnes de couleur qui souffrent d’un handicap, et cet article du New York Times sur les voyages en avion quand on est aveugle, il existe de nombreuses ressources pouvant aider les personnes handicapées à voyager de par le monde.