Le dépistage de la covid‑19 à l’aéroport va changer les voyages

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Tout ce que vous devez savoir.

Le gouvernement fédéral recommande aux Canadiens d’éviter tout voyage non essentiel, tant au pays qu’à l’étranger. Restez au courant des plus récentes règles sur les voyages et des restrictions en consultant le site regroupant les conseils de santé aux voyageurs du gouvernement du Canada.

Si une province ou un territoire considère la raison de votre voyage comme essentielle en vertu des arrêtés d’urgence prévus à la Loi sur la mise en quarantaine (et que le gouvernement du Canada vous accorde une exemption), vous trouverez ci‑dessous des ressources utiles pour la planification de votre voyage.

Au cas où il vous faille voyager, Air Canada dessert des destinations au Canada, aux États‑Unis, en Europe et en Asie.

En échange de l’ouverture des frontières et de la tranquillité d’esprit en voyage, seriez‑vous prêt à passer un peu plus de temps à l’aéroport pour un test de dépistage de la covid‑19 ? Au Canada, des projets pilotes de test de covid‑19 dans les aéroports sont en cours afin de déterminer si ces points d’entrée et de sortie constituent des lieux de filtrage idéaux pour contenir la pandémie : les tests au départ peuvent‑ils empêcher que des voyageurs infectés montent à bord d’un vol et propagent le virus ? Les tests à l’arrivée peuvent‑ils raccourcir les périodes de quarantaine obligatoires ?

Pour le savoir, nous avons interrogé des experts canadiens en santé. Le Dr Don Sin est pneumologue et professeur de médecine à l’Université de la Colombie‑Britannique (UBC) et cochercheur principal dans le cadre d’une étude à l’Aéroport international de Vancouver. Le Dr Vivek Goel est professeur à la Dalla Lana School of Public Health de l’Université de Toronto et cochercheur principal dans le cadre d’une étude qui a été menée à l’Aéroport international Pearson de Toronto.

Quels aéroports canadiens proposent des tests de dépistage de la covid‑19 ?

Depuis décembre, des tests limités sont offerts à la demande aux voyageurs intéressés aux aéroports internationaux de Calgary et de Vancouver. Ces tests alourdiront votre horaire, mais en retour vous raccourcirez probablement votre quarantaine en Alberta, et vous aurez l’esprit plus tranquille avant votre vol au départ de Vancouver.

Calgary fait partie de l’Alberta International Border Testing Pilot Program, un projet pilote mené en partenariat avec la province et le gouvernement canadien. Ce projet vise à cibler les voyageurs internationaux admissibles arrivant directement en Alberta, ce qui signifie que ceux en provenance d’autres aéroports canadiens ne sont pas admissibles. D’autres provinces envisagent également le programme albertain comme modèle pour leurs propres aéroports.

En même temps, des tests pré‑embarquement à l’aéroport de Calgary sont offerts par une entreprise privée moyennant des frais de 150 $ à 175 $. Cette option n’est pas liée au projet pilote de dépistage à la frontière.

L’étude WestJet‑YVR de dépistage de la COVID‑19 de Vancouver est menée par l’UBC et Providence Health Care. Contrairement à celle de Calgary, elle est ouverte aux passagers de vols intérieurs WestJet en partance qui résident en Colombie‑Britannique et n’ont pas été déclarés positifs à la covid‑19 au cours des 90 derniers jours. Elle diffère également du programme de Calgary parce qu’elle est considérée comme un test de dépistage préalable au voyage de passagers contagieux, et non comme un test de diagnostic, explique le Dr Sin. Vancouver propose d’autres options de dépistage au privé, disponibles sur rendez‑vous à l’intérieur et à proximité de l’aéroport.

L’Aéroport international Pearson de Toronto a réalisé son propre projet de dépistage de la covid‑19, qui s’est terminé en novembre. Ce programme volontaire était similaire à celui de Calgary et se concentrait sur les voyageurs internationaux à l’arrivée. Il faisait partie d’une étude universitaire menée par McMaster HealthLabs (MHL) en collaboration avec Air Canada et avec le soutien du gouvernement canadien. La collecte des données est terminée et les chercheurs sont à analyser les résultats.

Comment fonctionnent ces tests de covid‑19 dans les aéroports ?

Les participants au programme de dépistage de la covid‑19 de l’aéroport de Calgary doivent se mettre en quarantaine immédiatement après leur arrivée, jusqu’à ce qu’ils soient informés de leurs résultats par texto ou par courriel, qui sont généralement communiqués dans les 48 heures. Contrairement aux passagers internationaux ordinaires qui sont tenus par la loi de se mettre en quarantaine pendant 14 jours complets, les participants au programme sont autorisés à quitter la quarantaine si leurs tests sont négatifs, à condition de suivre les directives de la santé publique et de se soumettre à des auto‑évaluations quotidiennes. Ils doivent également passer un deuxième test au bout d’une semaine dans une pharmacie participante comme Shoppers Drug Mart et s’engager à ne pas quitter la province pendant 14 jours après leur arrivée au pays.

Contrairement aux participants au projet albertain, les volontaires de Toronto Pearson ont dû être mis en quarantaine pendant 14 jours pleins, quels que soient les résultats, car leurs tests étaient uniquement destinés à la recherche. Deux autres tests ont été effectués aux jours 7 et 14. En tout, plus de 16 000 volontaires ont subi volontairement plus de 40 000 tests.

Le projet de Vancouver est le premier du genre au Canada et il utilise des tests d’antigènes rapides de la covid‑19, avec des résultats disponibles en 15 à 20 minutes environ. En raison de l’accent mis sur les départs, les passagers dont le test est positif ne peuvent pas prendre l’avion, mais ils peuvent annuler ou modifier leur réservation sans frais. Les deux principaux objectifs de l’étude sont, premièrement, d’examiner la faisabilité de la mise en place de tests rapides sur les lieux de départ des aéroports et, deuxièmement, de tester l’efficacité des rinçages buccaux comme méthode alternative de dépistage rapide, explique le Dr Sin. Le test de rinçage buccal consiste à se gargariser avec une solution puis à recracher l’échantillon.

Les participants intéressés par ces projets pilotes devraient ajouter au moins de 15 à 30 minutes à leur horaire et ils doivent s’inscrire en ligne aux tests de Calgary ou de Vancouver avant d’arriver à la douane.

D’autres aéroports vont‑ils proposer des tests de dépistage rapide de la covid‑19 ?

S’il est probable que les tests de covid‑19 seront de plus en plus disponibles dans les aéroports, il est trop tôt pour dire quel type sera utilisé. Pour l’instant, seule l’étude de Vancouver propose un véritable « test rapide », car elle utilise le tests de dépistage antigénique rapide Panbio d’Abbott approuvé par Santé Canada au début octobre.

« Les aéroports pourraient être de très bons sites pour ce type de test, car le délai de traitement entre le prélèvement et le résultat est de 15 minutes, explique le Dr Sin. Le temps d’un café, et les résultats autorisant l’embarquement seront disponibles. »

De son côté, Calgary utilise le test d’amplification en chaîne par polymérase (PCR), le même type de test par écouvillonnage que ceux qu’utilisent les hôpitaux et les cliniques.

Le projet de Toronto n’était pas non plus un test « rapide », précise le Dr Goel. « Nous fournissons le test PCR de référence avec des résultats en 48 heures. Comme notre délai d’exécution est rapide, il a été qualifié de test rapide. »

Les options privées comme celles de Vancouver et de Calgary utilisent également le test PCR, qui prend généralement environ 48 heures avant d’avoir les résultats.

Comment sont administrés les tests de covid‑19 des aéroports ?

Le programme de l’Alberta utilise des prélèvements de gorge pour ses tests PCR administrés par un professionnel de la santé, selon un porte‑parole du programme.

Les participants de Vancouver fournissent un échantillon d’écouvillon nasal ainsi qu’un échantillon de rinçage buccal, afin que les chercheurs puissent comparer les résultats et déterminer l’efficacité du rinçage.

Le test de Toronto, qui était autoadministré par les participants et supervisé par les chercheurs, utilisait un seul écouvillon nasal et buccal au lieu des longs écouvillons nasopharyngés plus courants (et plus inconfortables) qui nécessitent des professionnels de la santé ayant revêtu un EPI, explique le Dr Goel. Les volontaires prélevaient d’abord un échantillon à l’intérieur des joues, avant de passer l’écouvillon dans la partie inférieure de chaque narine.

Quelle est l’efficacité des tests de covid‑19 à l’aéroport ?

Le test PCR utilisé dans les aéroports de Toronto et de Calgary détecte l’ARN du virus, tandis que le test antigénique rapide détecte des protéines spécifiques.

« Le test PCR est le test de référence pour la covid‑19, car il est précis à près de 100 % et peut détecter le virus chez les personnes symptomatiques ou asymptomatiques », affirme le Dr Goel, qui ajoute que la sensibilité et la spécificité de la détection par voie orale (puis nasale) est comparable à l’écouvillonnage nasopharyngé.

Les tests antigéniques rapides ne sont approuvés au Canada que pour les personnes symptomatiques. Pour les besoins de l’étude de Vancouver, les chercheurs utilisent les trousses « hors indication » puisqu’ils testent des voyageurs asymptomatiques ou présymptomatiques.

Bien que les tests antigéniques rapides ne soient pas aussi précis que les tests PCR, ils sont considérés comme « très précis » pour identifier ceux qui sont activement contagieux, assure le Dr Sin. « Un test positif signifie presque toujours que la personne est porteuse du virus. »

Alors qu’un test négatif indique qu’une personne n’est probablement pas contagieuse, le test antigénique n’est pas aussi sensible que le test PCR et n’identifiera pas une personne qui a contracté la covid‑19 il y a six mois, par exemple, et qui continue de répandre « des fragments du virus », a expliqué le Dr Sin.

Quelles sont les préoccupations en ce qui concerne les tests de covid‑19 à l’aéroport ?

L’une des plus grandes questions à propos du programme de l’Alberta, qui permet aux gens de raccourcir leur quarantaine, est de savoir si deux jours sont suffisants pour ceux dont le test est négatif la première fois, étant donné qu’il peut s’écouler plusieurs jours entre la contraction du virus et sa détection par un test. L’étude de Toronto vise à mieux déterminer la période de quarantaine la plus efficace.

Un rapport provisoire basé sur plus de 20 000 tests et 8600 participants arrivant à Toronto a révélé que 70 % des passagers infectés seraient détectés à l’arrivée et que la majorité des cas positifs restants le seraient lors du deuxième test. Ces résultats confirment l’approche adoptée en Alberta, selon les chercheurs.

L’une des principales préoccupations touchant les tests antigéniques rapides est la précision. Le Dr Sin précise que cela peut provenir en partie de la nouveauté cette méthode. Il espère que son utilisation dans davantage de juridictions aidera à atténuer ces inquiétudes.

La généralisation du dépistage de la covid‑19 à l’aéroport pourrait‑il avoir un impact sur les projets de voyage des Canadiens ?

Des tests plus répandus dans les aéroports pourraient potentiellement aider à rendre les voyages moins restrictifs et apporter plus de tranquillité d’esprit aux voyageurs, si les projets pilotes et les études permettent de prouver leur efficacité.

L’Association internationale du transport aérien (IATA), qui regroupe des compagnies aériennes du monde entier, a demandé aux gouvernements de mettre en œuvre des tests rapides de la covid‑19 pour tous les voyageurs internationaux avant leur départ, ainsi qu’une norme de test mondiale afin que les tests et les résultats soient acceptés par les autres juridictions avec une « approche plus systématique et harmonisée » de la recherche des contacts.

Un certain nombre d’aéroports aux États‑Unis et dans le monde proposent déjà une sorte de test de covid‑19 à l’aéroport. Dans certains cas, le dépistage est obligatoire, dans d’autres, une option de test peut être disponible moyennant des frais.

« En matière d’aviation, il faut à la fois des données sur les départs et sur les arrivées pour mettre en œuvre les meilleures politiques », explique le Dr Sin.

« Les procédures de dépistage dans les aéroports pour les patients potentiellement contagieux ne sont pas très strictes, donc je pense que nous avons besoin d’une sorte de test avant l’embarquement des passagers. Je pense que le déploiement à grande échelle de ce type de technologie procurera une énorme confiance aux passagers. »

18 décembre 2020