Nous avons pris une pause et la planète l’a remarquée – Comment voyager désormais? (Un indice : la durabilité)

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Nous sommes tous demeurés en place, ce qui a entraîné des retombées positives sur l’environnement. Voici pourquoi il est temps d’adopter une approche plus responsable des voyages – et comment s’y prendre.

La pause mondiale des 21 derniers mois a immobilisé le secteur du voyage, et l’impact sur la Terre a été presque immédiat : notre empreinte environnementale a commencé à diminuer.

8 décembre 2021
plage
   Photo: Brandon Cormier

Tous les chiffres le démontrent : la pollution atmosphérique a considérablement diminué en 2020. Une étude de la NASA a révélé que le fait de garer nos voitures et de rester à la maison améliorait sensiblement la qualité de l’air. À Hawaï, la mer au large des plages de Waikiki est devenue beaucoup moins trouble lorsque le nombre de touristes est passé de plus de 10 millions par an à pratiquement aucun (il y avait moins de ruissellement de crème solaire dans l’eau et les habitants pouvaient voir les tortues et les dauphins nager près du rivage).

Il est réjouissant d’apprendre que les pénibles directives de confinement ont eu des effets positifs, mais cela ne signifie pas que nous sommes prêts à nous féliciter collectivement. À l’échelle mondiale, la réduction des émissions n’a pas été suffisante pour faire baisser les niveaux de CO2 dans l’atmosphère.

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Ce qui est intéressant, c’est que nous savons maintenant que nos choix en tant que voyageurs ont des répercussions. Marion Joppe, professeure à l’école de gestion de l’hospitalité, de l’alimentation et du tourisme de l’Université de Guelph et coprésidente d’une conférence sur le voyage durable en Colombie‑Britannique, affirme que la COVID‑19 nous a forcés à nous éloigner du tourisme marchand, où tout est perçu comme quelque chose qui peut être acheté et vendu. « C’est comme lorsque la clientèle d’un buffet remplit son assiette de n’importe quoi et finit par en gaspiller la moitié, dit‑elle. C’est ainsi que nous avons traité le tourisme : le monde est notre buffet, et nous ne faisons qu’engloutir des voyages et des destinations. Nous n’avons pas pris le temps d’apprécier le monde à sa juste valeur. »

« C’est ainsi que nous avons traité le tourisme : le monde est notre buffet, et nous ne faisons qu’engloutir des voyages et des destinations. Nous n’avons pas pris le temps d’apprécier le monde à sa juste valeur. »

Maintenant que les frontières s’ouvrent de nouveau, c’est le moment idéal pour aborder le voyage avec une nouvelle attitude. Voici ce que vous devez savoir pour protéger notre planète lors de votre prochaine aventure.

bâtiments à flanc de montagne
   Photo: Aaron Santelices

Où trouver des destinations touristiques durables
Il existe plusieurs villes ou pays entiers qui s’engagent à contrer les impacts du changement climatique. Le Panama, le Bhoutan et le Surinam, par exemple, sont les trois seuls pays à bilan de carbone négatif. (Ils éliminent plus de dioxyde de carbone de l’atmosphère qu’ils n’en produisent.) D’autres destinations empruntent également cette voie : en novembre 2021, plus de 300 entreprises du secteur touristique, dont des offices de tourisme tels que ceux de l’Ukraine, de la côte de l’Oregon, de Valencia et de la région canadienne de Thompson‑Okanagan, ont signé la déclaration de Glasgow sur l’action climatique dans le tourisme. Cette déclaration exige un engagement (et un plan d’action concret) pour réduire de moitié les émissions de carbone d’ici à 2030 et atteindre l’objectif « net zéro » avant 2050.

Des mesures telles que l’obligation pour les entreprises de divulguer toutes leurs émissions liées au tourisme, la restauration et la protection des écosystèmes naturels et la mise en place de plans de décarbonisation contribueront à faire évoluer le secteur dans la bonne direction. Pour choisir une destination qui s’efforce de sauver la planète, il suffit de consulter le site web Tourism Declares a Climate Emergency (le tourisme déclare l’urgence climatique) afin d’en découvrir les signataires.

Certains lieux touristiques populaires se sont aussi regroupés pour demander aux visiteurs de participer à leur initiative de responsabilité environnementale. En 2017, le pays de Palau, dans le Pacifique, a créé le premier engagement de conservation au monde. Celui‑ci demande aux voyageurs d’agir de manière écoresponsable, notamment en n’entrant pas en contact avec les récifs de corail, afin que les générations à venir puissent préserver leurs moyens de subsistance. Une fois signé, cet engagement est inscrit dans le passeport des touristes.

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paysage tourné en Nouvelle-Zélande
   Photo: Aaron Sebastian

Joppe souligne que l’engagement de Palau a inspiré plusieurs pays, dont la Nouvelle‑Zélande, l’Islande, la Finlande, les Philippines – et l’État américain d’Hawaï – à entreprendre des initiatives similaires. L’Islande s’est engagée à favoriser des voyages sûrs et responsables, par exemple, en demandant aux touristes de laisser intacts les lieux visités et d’éviter les aventures risquées comme les excursions hors sentier. (Des secouristes se sont mis en danger pour secourir des touristes qui quittaient les sentiers désignés pour prendre des photos Instagram dans des endroits dangereux.)

Vous ne savez toujours pas si votre destination rêvée se soucie de la planète? Les lieux qui s’investissent en la matière ont de bonnes chances de l’affirmer sur leur site web ainsi que dans les médias sociaux et traditionnels. Par exemple, le site Visit Scotland explique ouvertement son processus de réduction des déchets alimentaires, l’augmentation du nombre de véhicules électriques sur ses routes et les prix de tourisme écologique décernés aux entreprises durables.

Islande
   Photo: Jonny Auh

Comment réduire votre empreinte en cours de route
Selon Tom Green, conseiller principal en politiques climatiques de la Fondation David Suzuki, il existe des moyens de réduire les impacts environnementaux de votre itinéraire. Par exemple, vous pouvez choisir un long vol plus efficace au lieu de plusieurs vols courts. « Si vous partez en vacances, essayez de ne pas faire de voyages d’un week‑end ou d’une semaine; économisez plutôt vos congés pour faire un voyage plus long », dit‑il.

Afin de planifier votre voyage, des outils comme Google Flights incluent désormais des renseignements sur les émissions de carbone, juste à côté d’autres détails importants comme le coût et la durée du vol. Ceci peut vous aider à choisir une destination (peut‑être New York plutôt que San Francisco, car les émissions y sont plus faibles), tout en vous permettant de calculer votre empreinte totale si vous envisagez d’acheter des compensations carbone.

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Pour compenser votre empreinte carbone, vous pouvez mesurer la quantité de CO2 produite par vos vacances puis investir dans des projets durables, comme la plantation d’arbres éliminant le dioxyde de carbone de l’atmosphère, ou encore dans des produits à haut rendement énergétique et des technologies renouvelables. Green conseille de rechercher la certification de compensation Gold Standard, qui jouit d’une excellente réputation : elle vous aidera à maximiser votre argent et votre impact.

personnes en kayak jaune dans l'eau
   Photos: Robert Mikoleit

Trouver des hôtels et des voyagistes écoresponsables
Les sites de réservation tels que Booking.com répondent à ce désir de transparence en matière d’impact environnemental grâce à l’ajout de certifications tierces de durabilité aux annonces de logements. Le site Tourism Declares a Climate Emergency et celui de la Société internationale d’écotourisme sont deux bonnes ressources pour trouver un hôtel ou un voyagiste durable. Une simple recherche sur Google avec les mots « hôtels durables » ou « circuits écologiques » et le nom de la ville que vous visitez portera également ses fruits.

L’endroit où vous choisissez de séjourner peut également faire la différence. En décembre 2021, room2 a ouvert ses portes à Londres et est devenu le premier hôtel carboneutre au monde. Au Canada, le Fairmont Waterfront de Vancouver dispose d’un jardin sur le toit, d’une ruche et d’un programme de détournement des déchets. Il s’est également engagé à éliminer les plastiques à usage unique destinés aux clients d’ici la fin de 2022. Pour participer directement à la protection de la planète, vous pouvez loger au Salinda Resort, au Vietnam. Partenaire officiel du WWF pour la gestion de la réduction des plastiques sur l’île de Phu Quoc, cet établissement organise une corvée mensuelle de nettoyage de la plage destinée au personnel et à la clientèle. Si vous êtes adepte d’Airbnb, l’entreprise a annoncé en novembre 2021 qu’elle deviendrait carboneutre d’ici 2030, en misant sur ses bureaux dans le monde entier.

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Il existe aussi des entreprises touristiques qui intègrent des pratiques écoresponsables à leur modèle économique, notamment par l’utilisation de véhicules électriques, l’élimination des déchets, la réduction de l’impact sur la planète et des dons à des organismes de lutte contre les changements climatiques. Si vous souhaitez aller encore plus loin, il existe aussi des voyages qui n’attendent que vous pour rendre service à la planète et à la communauté.

L’entreprise d’économie sociale OneSeed Expeditions de Denver investit 10 % des frais de voyage dans le microfinancement d’entreprises locales dirigées par des femmes. Elle propose des expéditions de plein air aux États‑Unis et à l’étranger, telles que la randonnée, la pêche à la mouche et le traîneau à chiens, pour lesquelles elle embauche uniquement des guides locaux et suit une politique stricte de « voyager sans laisser de trace ».

Au Canada, le Spirit Bear Lodge de Kitasoo Xai'xais (Colombie‑Britannique) propose des expériences culturelles autochtones et des excursions en nature (son programme de conservation aide à protéger l’ours Kermode, une espèce rare). Selon Keith Henry, président et chef de la direction de l’Association touristique autochtone du Canada, choisir de petites entreprises locales, surtout si elles sont détenues et gérées par des Autochtones, est une question de durabilité économique. « Au‑delà des dollars et des cents des avantages économiques, plusieurs communautés et entreprises ont été créées pour protéger les terres locales et permettent de les voir sous un autre angle. »